Des charges fixes et un coût de rénovation qui risquent de plomber la gestion


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Hôtel 2 Février en rénovation ou mythe de Sisyphe en perspective ?
 
. La BOAD a-t-elle bien étudié les risques avant le décaissement à Kalyan?

 
Cette fois-ci sera-t-elle la bonne pour l’hôtel 2 Février rebaptisé Radisson Blu ? Les signaux qui nous parviennent sont loin de rassurer. Pendant que les dernières touches se mettent en place pour sa réouverture prochaine, cet hôtel traine des charges fixes et un coût de rénovation qui risquent de plomber une fois encore sa gestion. Et lorsque c’est la Banque ouest africaine de développement (Boad) qui prend les devants en matière de mobilisation de fonds vis-à-vis de ses partenaires, elle qui, pendant longtemps, a géré de manière méticuleuse son portefeuille de risques, on se demande les critères qui l’ont rassurée à oser ce saut dans le vide. En attendant, les anciens employés attendent toujours leur dédommagement qui devrait avoir lieu depuis des lustres, étant donné que l’ancien acquéreur, la société arabe libyenne des investissements africains LAAICO aurait versé cette somme due aux employés, à l’Etat togolais.
 
35 milliards serait la somme consacrée à la construction de l’Hôtel 2 Février qui a ouvert ses portes en 1980. 35 ans plus tard, les nouveaux repreneurs disent mobiliser environ 37 milliards de FCFA pour sa rénovation. Mais comment ce joyau brandi comme l’image du boom phosphatier du Togo a-t-il été géré pour qu’on en soit à mobiliser pareil fonds pour le remettre sur pieds ?
 
Selon des spécialistes qui s’étaient frottés à la gestion de l’hôtel, l’un des tendons d’Achille dans sa gestion reste sa consommation en électricité. Il nous est revenu que près du million en guise de consommation forfaitaire serait la facture quotidienne de courant, l’immeuble étant conçu de façon hermétique, ce qui nécessite une climatisation permanente des 368 chambres dont 52 suites présidentielles et 52 suites ministérielles. Basée sur une structure financière déséquilibrée, la rentabilité n’était pas au rendez-vous, et des chiffres d’affaires qu’il réalisait, la consommation électrique en représenterait près de 50%. Et lorsqu’on ajoute les autres charges fixes que sont, entre autres, les salaires des employés et surtout l’entretien, on comprend bien le déséquilibre financier dont cet hôtel a longtemps été l’objet. Aujourd’hui sous une nouvelle appellation de Radisson Blu, cet hôtel s’apprête à rouvrir ses portes. Mais la société Kalyan Hospitality Development, nouveau concessionnaire, a-t-elle cherché à réduire la facture du courant en intégrant par exemple l’énergie solaire ? Pas sûr, sinon on l’aurait claironné sur tous les toits.
 
Radisson Blu ouvrira-t-il ses portes sans que l’Etat ne reverse les arriérés de salaires aux anciens employés ? Nous pointons un doigt accusateur vers l’Etat en ce sens qu’il nous revient que l’ancien repreneur LAAICO aurait reversé ces frais à l’Etat togolais depuis des lustres, mais celui-ci rechigne à faire rentrer ces malheureux employés dans leurs droits. Comme c’est le cas de la trentaine d’anciens agents de l’ex-Office des Postes et Télécommunications du Togo (OPTT). Depuis une décision ferme de justice condamnant la société à dédommager ces agents, l’Etat togolais s’y est opposé. La question est de savoir si les futurs employés qui fouleront le sol de Radisson Blu ne seront pas « mangés » à la même sauce si, comme nous le redoutons, les bénéfices ne répondaient pas présents au rendez-vous ?
 
Si Radisson Blu a pu mobiliser les fonds nécessaires, c’est en partie grâce à la Boad. Mais cette témérité ne serait-elle pas chèrement payée à la longue ? Car depuis longtemps, cette banque de développement a réussi à gérer le portefeuille des risques de façon très rigoureuse, ce qui explique son existence. La Boad a publié l’article suivant sur son site : « La société Kalyan Hospitality Development Togo obtient un financement de 28 milliards de francs CFA de la Banque ouest africaine de développement (BOAD) et ses partenaires, notamment la Banque d’Investissement et de Développement de la CEDEAO (BIDC), Bank Of Africa-Togo (BOA-Togo), désignée banque agent de l’opération, l’Union Togolaise de Banque (UTB), la Banque Sahélo-Saharienne pour l’Investissement et le Commerce-Togo (BSIC-Togo). Cet accord s’inscrit dans le cadre du mandat d’arrangement reçu par la BOAD de l’Etat togolais et la société Kalyan Hospitality Development Limited, en vue de mobiliser un montant global de 28 milliards de francs CFA pour la réalisation du projet de réhabilitation et d’exploitation, sous enseigne « Radisson Blu », de l’Hôtel 2- Février à Lomé, par la société Kalyan Hospitality Development Togo. Ce projet cadre parfaitement avec la stratégie de la Banque de promouvoir le partenariat public-privé visant le développement des infrastructures dans l’UEMOA. La réalisation de ce projet permettra la création de plus d’un millier d’emplois aussi bien pendant sa phase d’exécution que pendant celle de l’exploitation et renforcera le parc hôtelier du Togo. En accompagnant ce projet, la BOAD et ses partenaires confirment ainsi leur volonté d’une part, d’accompagner la reprise économique du Togo et d’autre part, de promouvoir un secteur privé dynamique, jouant pleinement son rôle de moteur de croissance des économies des Etats de l’UEMOA. Cet Accord de Prêt porte à 455 milliards de francs CFA le volume global des engagements de la BOAD au Togo, dont 102 milliards de francs CFA au titre du financement du secteur privé ». C’était le 12 août dernier.
 
Mais le vendredi 27 février 2015, soit cinq mois auparavant, au cabinet du ministère de l’Economie et des Finances, une conférence de presse s’est tenue et voici ce que Radio Lomé a écrit à propos: « L’HOTEL RADISSON BLU 2 FEVRIER bientôt fonctionnel :…C’est donc au coût de 27 millions de Dollars US que l’initiateur du projet, le groupe KALYAN HOSPITALITY DEVELLOPEMENT, en collaboration avec le Groupe CARLSON RESIDOR hôtel Group et la société de construction Sud-Africaine ZPC fera bientôt briller de ses 5 étoiles l’Hôtel 2 Février RADISSON BLU… ». Mieux, l’Agence Panapress du 7 novembre 2014 a rapporté lors de la nationalisation de cet hôtel ce qui suit : « En juin 2008, le Pdg de LAAICO, Agili Mohamed, a signé la convention de rénovation de l’hôtel avec le directeur général de F.K. Construction, Kouri Fahim, lors d’une cérémonie officielle et le coût de la rénovation, selon le Pdg de LAAICO, était estimé à 21 millions d’euros pour une période de dix mois. Celui de la concession de gérance, n’avait pas été fourni à la presse ». 27 millions de dollars, c’est encore 21 millions d’euros. Mais pourquoi alors 28 milliards sur le site de la Boad et 37 milliards sur le site du gouvernement du Togo, republicoftogo.com qui a écrit : « La facture totale des travaux devrait avoisiner les 37 milliards de Fcfa » ?
 
Il serait très édifiant que les responsables de la Boad expliquent les études de rentabilité qui ont conduit cette banque à prendre les devants des décaissements en faveur du nouveau concessionnaire de cet hôtel d’une part, et quel est l’investissement dont a réellement besoin cet hôtel. Que risque-t-il d’arriver si jamais la gestion de Radisson Blu devrait ressembler aux gestions passées, surtout que rien ne semble indiquer que cette fois-ci sera la bonne ? L’Etat togolais prendra-t-il en charge cette facture si le mandat d’arrangement venait à ne pas être honoré par la partie adverse ? Une chose est certaine, la communication autour des frais de rénovation est inexistante comme si c’était à dessein. La structure hôtelière ayant été nationalisée, il devient urgent qu’un devoir de transparence entoure les chiffres exacts qui seront affectés à sa rénovation. Mais soit dit en passant, peut-on concevoir qu’un immeuble ayant nécessité 35 milliards de FCFA à la construction, avale 37 milliards pour sa rénovation 35 ans plus tard ?
 
Un facteur non négligeable à prendre en compte aussi sera les prix qui seront pratiqués et le fait que le pays n’organisera pas chaque semaine ou mois des conférences d’envergure pour rentabiliser les investissements. Prions que le prochain démarrage ne ressemble pas au passé et qu’au final, la gestion de ce joyau ne s’apparente pas au mythe de Sisyphe, un éternel recommencement. Puisque, pour ceux qui l’ignorent, l’hôtel 2 Février avait déjà été rénové pour accueillir le 36è sommet de l’OUA. C’était en juillet 2000. Que s’est-il passé ensuite pour qu’on en soit arrivé aujourd’hui à une autre rénovation à l’addition plus salée ?
 
Abbé Faria
 
source : Liberté Togo