Employés en souffrance, Bâtiment en déliquescence… Hôtel de la Paix : La poisse !

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L’un des joyaux les plus convoités de la chaîne hôtelière au Togo il y a encore quelques années, une fierté nationale du fait de son standing et de sa grande ouverture sur la mer, les compagnies aériennes qui desservent le Togo dans les années 90 en savent davantage. L’Hôtel de la Paix, puisque c’est de ce fleuron qu’il s’agit, sombre vite dans une mauvaise passe et finit par crouler sous le poids de la dette. Aujourd’hui, ce grand bâtiment hôtelier est en décrépitude avancée et les employés laissés sur le carreau, sont dans une misère noire méchante. C’est dire que les jours passent et les années se succèdent mais le triste sort de l’Hôtel de la Paix est resté en l’état. D’où viendra en réalité le salut !

Il y a une trentaine d’années, les plus grands complexes hôteliers de l’Etat du Togo, entre autres, l’Hôtel Sarakawa, l’Hôtel Tropicana et l’Hôtel de la Paix contribuaient valablement à nourrir ce sobriquet ronflant qui faisait du Togo, « La Suisse de l’Afrique ». Mais à cause d’une gestion aléatoire, sinon titubante de ces meilleures structures hôtelières du Togo, les deux derniers fleurons cités plus haut ne sont devenus que des vestiges assez parlants de la mauvaise gouvernance.

Une gestion médiocre…

L’Etat togolais sous le général Gnassingbé Eyadéma a été souvent accusé d’avoir contribué à la faillite de plusieurs Hôtels du Togo dont l’Hôtel de la Paix et l’Hôtel Tropicana où jadis se tenant certaines rencontres internationales qu’abritait la République du Togo. Plusieurs fois, des autorités togolaises sont épinglées par des indiscrétions d’avoir profité des locaux de ces complexes hôteliers, surtout de l’Hôtel de la Paix sans se soucier de payer les factures.

Il y a quelques mois, notre rédaction reprenait dans l’une de nos parutions, un témoignage assez émouvant, mais sous couvert d’anonymat d’un proche du dernier Directeur Général de l’Hôtel de la Paix, le togolais Feu Alexandre Adékambi qui a remplacé le dernier Directeur blanc, le français Pierre Amélot. A en croire notre source, « les suites de l’Hôtel ont souvent été occupées par des ministres et proches du régime togolais mais les factures ne sont jamais payées…pis, des membres influents du régime sans être mandatés viennent souvent ramasser les recettes effectuées par l’Hôtel », avait-il déclaré avant de se souvenir, les yeux pleins d’émotion, de la plus belle époque de cet Hôtel : « C’est l’Hôtel de la paix Paix qui à l’époque servait toutes les compagnies qui venaient au Togo. Il y avait Sabena, Air Afrique, Air France et UTA etc. Cette activité faisait presque 90% du chiffre d’affaire de l’Hôtel même au moment où les difficultés de gestion ont commencé ». Aussi était-il souligné ligné qu’un ponte du régime, s’est arrogé le droit d’aller encaisser les factures auprès de ces compagnies, mais ne revenait pas les reverser à la comptabilité de l’Hôtel. Il convient de rappeler que la Société Aéroportuaire de Lomé Tokoin (SALT) sous l’ère du sieur Akrima Kogoé, Directeur Général de ladite société a arraché ce dernier service qui restait au personnel de l’Hôtel de la Paix à servir les compagnies pour le confier à un autre groupe hôtelier, dénommé la société SERVAIR. Ajouté à la coupure du courant électrique par la CEET, de l’eau par la TDE et du téléphone par Togo Télécom à cause de plusieurs mois de factures impayées, ce fut en effet, le coup de grâce asséné à un Hôtel déjà agonisant. Il ne restait qu’à observer la débandade du dernier personnel onnel courageux bien qu’officiellement, l’Hôtel de la Paix n’a pas été déclaré en faillite et le personnel libéré. Ainsi commença les ennuis du personnel, car après plus d’une cinquante de sociétés annoncées comme repreneur de l’Hôtel dont des Allemands et des Sud-africains, aucune n’a vraiment montré son enthousiasme concernant le dossier outre certains Blancs qui seraient très proches d’un neveu de l’ancien Premier ministre togolais Gilbert Houngbo. « Malheureusement, en quittant Abuja pour Lagos afin de prendre un autre vol pour Lomé, leur appareil a fait un crash sans aucun survivant ».

Silence des autorités ou le permis de mourir

Toutes ces insuffisances précitées entourant la gestion médiocre des complexes étatiques au Togo, ont été les principales causes de l’effondrement financier de l’Hôtel de la Paix. Pour les employés laissés sur le carreau dont plusieurs sont décédés (63 personnes, parle-t-on), ce n’est pas par faute d’avoir essayé de se faire dédommager.

En vérité, à la fermeture de fait de l’Hôtel, ils étaient 190 employés à retourner au chômage. Dans un document dont notre rédaction a une copie, la situation du personnel au 31 décembre 2008 est à plus d’un milliard de Francs CFA, soit 1 171 814 361 et détaillé comme suit :

Les Agents retraités et décédés sont au nombre de 119 avec un solde de tout compte qui s’élève à 733 786 888 Francs CFA Les Agents mutés ailleurs et abandon sont au nombre de 17 avec un solde de 24 935 426 Francs CFA Les Agents permanents (restants) sont 38 et le solde est 406 423 243 Francs CFA

Les Agents temporaires sont 16 avec un solde qui est de 6 668 804 Francs CFA En mars 2010, ces agents ont touché une somme de 112 470 933 et le total solde restant à payer par l’Etat s’élève à 1.059.343.428 Francs CFA. Depuis lors, plus personne au sein de l’administration togolaise ne leur dit mot. Plus de 8 ans que cela dure, la tristesse et la misère font le quotidien de ces agents délaissés ou abandonnés par les gouvernants togolais et c’est la mort qui vient siffler la fin de leur calvaire sur terre. Or, des années plus tôt, une délégation du personnel a échangé à Pya, préfecture de la Kozah avec le général Eyadéma sur leur situation. C’était la grande période de lecture de motions. Ils se sont prêtés à cet exercice et, le général a promis de les aider à sortir de la situation, de leur précarité. « Après nous avoir écouté, il (le général Eyadéma, ndlr) a aussitôt pris son téléphone et a passé un coup de fil. Raccroché, il nous a dits que tout va se régler et d’ailleurs qu’une société américaine viendra reprendre bientôt. l’Hôtel. Il a encore dit qu’il viendra en personne dès que tout sera ficelé. Malheureusement, nous n’avons pas eu de ses nouvelles jusqu’à son décès en 2005 », nous renseigne une source du dossier.

A la mort du général, son fils Faure Gnassingbé a repris le dossier. « Au retour d’un voyage du Président Faure de la Chine. Il a confié notre dossier à M. Koffi Sodokin, conseiller économique du Président de la République. M. Sodokin a reçu une délégation du personnel (de l’Hôtel de la Paix, ndlr) dans les locaux de l’ancienne présidence pour avoir une idée du dossier. Nous avons longuement échangé sur tous les contours du dossier et nous nous sommes séparés. Plus tard, M. Sodokin nous a rassurés qu’il a fini son travail et a remis cela aux ministres concernés pour des actions appropriées à mener. Mais depuis, nous ne voyons rien venir. C’est au temps du ministre Adji Otèth Ayassor qui a le portefeuille des finances. Aujourd’hui, il a passé la main, mais rien, » nous raconte tout triste notre source. Entre-temps, après la faillite constatée, il a été aussi décidé de transformer l’Hôtel en un grand hôpital de référence de la sous-région, mais l’idée a fait long feu.

feu. Aujourd’hui, désemparé, déboussolé, le personnel encore en vie crie au secours et appelle le chef de l’État, puisqu’il ne sait plus à quel saint se vouer. « Nous espérons toucher quelque chose (arriérés, ndlr) après la vente de 11 lots au nouvel Hôtel Onomo sur la superficie totale de 9 hectares de l’Hôtel de la Paix. Mais là aussi, rien. M. Christophe Tchao alors ministre du Tourisme avait voulu nous aider ; utiliser l’argent des 11 lots vendus pour éponger une partie de nos arriérés. Mais le ministre Ayassor a refusé en écrivant une lettre sèche, soit un brûlot à son collègue, le ministre Tchao pour le sermonner ».

A quelques mois de la fin du mandat social de Faure Gnassingbé, le personnel de l’Hôtel de la Paix, croit dur qu’il pourra les aider à voir le salut avant de quitter ce monde. Vivement !

Xavier Agbeve
 
source : La Manchette
 

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