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Exploitation imminente du manganèse : Nayéga et le spectre de la « malédiction » des mines

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C’est une constance, l’existence de minerais dans un sous-sol en Afrique et particulièrement au Togo, au lieu d’être une source de bonheur, se révèle plutôt de malédiction pour les populations. Les exemples sont légion, avec les affres vécues par les riverains, plutôt victimes de l’exploitation, leurs besoins occultés…Ce danger guette les populations de Nayega dans le Kpendjal-ouest où sont découverts des gisements importants de manganèse et un permis d’exploitation vient d’être délivré à la Société générale des mines (SGM) par le gouvernement togolais.

Exploitation imminente du manganèse à Nayega

            L’actualité politique a relégué  au second plan l’information portée à la connaissance du public par le conseil des ministres du 18 octobre dernier. Il a été découvert dans le sous-sol de Nayega, dans le Kpendjal-ouest dans la région des Savanes, du manganèse en quantités importantes. L’exploitation devrait même débuter sous peu, le gouvernement ayant accordé un permis pour ce faire à la Société générale des mines (SGM), filiale de la britannique Keras Resources.  On parle d’une exploitation à grande échelle.

« Le premier projet de décret adopté par le Conseil des ministres porte attribution d’un permis d’exploitation à grande échelle du gisement de manganèse de Nayéga (préfecture de Kpendjal-ouest) à la Société générale des mines (SGM). A la suite des résultats concluants des recherches de gisements du manganèse à Nayéga dans la préfecture de Kpendjal-ouest, région des Savanes, la Société générale des mines (SGM) a introduit une demande de permis d’exploitation à grande échelle de ce minerai. Les réserves de manganèse découvertes sont évaluées à près de 8 500 000 tonnes et la durée de vie de la mine sur les réserves prouvées actuelles est de onze (11) ans. Le présent décret autorise donc la SGM à exploiter ce minerai », rapporte le communiqué final.

La « malédiction » des mines

Au Togo l’existence des minerais, loin d’être une source de bonheur pour les populations de ce territoire, se révèle souvent une « malédiction » pour elles. Au lieu que l’exploitation leur profite, elle leur devient  plutôt nuisible.

Sur le plan écologique, c’est un paysage désolant qui est créé par l’exploitation. Sur des espaces à perte de vue, de grands trous géants laissés à ciel ouvert, fruits de l’excavation des terres à la recherche du minerai. La végétation est aussi détruite. Il y a également la pollution de l’environnement. La santé des populations en pâtit, avec la poussière et ses émanations toxiques inhalées. Dans certaines zones où est extrait par exemple le phosphate, il est fréquent de voir des gens avec des dents jaunes et aussi développer certains types de maladies.

Les contreparties de l’exploitation, notamment l’emploi des fils du milieu, la construction d’infrastructures socioéconomiques au crédit de la responsabilité sociale des entreprises (RSE) dont des écoles, hôpitaux, routes et autres ouvrages, se révèlent des marchés de dupe.  Les rares fils du milieu qui sont recrutés ne sont assignés qu’à des travaux de bas-étage, supplantés par des cadres venus d’ailleurs, qui gagnent des millions à ne rien faire et ont plein d’autres avantages.

D’habitude, les terres qui servent naturellement à l’agriculture de subsistance sont arrachées aux habitants et les paiements dus pour ces terres achetées ou louées à des prix dérisoires, ne sont guère honorés. Les fonds prennent d’autres circuits, et il faut que les populations se soulèvent avant de voir les choses bouger un tant soi peu…

Le danger guette Nayega

Kpendjal est caractérisé par son enclavement et le manque d’infrastructures socioéconomiques de base. Le coin est oublié des projets de développement et ne voit les gouvernants s’intéresser à lui que lors des campagnes électorales, pour convoiter les suffrages de ses populations. Mais après ces moments de drague, leurs besoins sont snobés, et c’est parti pour la prochaine élection. La découverte et l’exploitation imminente à grande échelle des gisements de manganèse offrent une opportunité idéale pour sortir le milieu de l’anonymat, améliorer le quotidien de ses populations. Mais Nayega ne devrait pas échapper à ces tristes réalités sus-décrites.

Déjà l’exploitation suscite l’appétit du gouvernement, qui s’est empressé de faire des calculs et projets sur les recettes.  « L’exploitation de ce minerai contribuera à l’atteinte des objectifs de l’axe 3 du PND avec la réalisation des projets de développement communautaire et la création des emplois directs et indirects qui auront indubitablement une incidence positive sur le plan social et sur l’économie de la zone d’exploitation de ce minerai. Elle participera également à la réalisation des objectifs de l’axe 2 du Plan national de développement (PND) qui vise à développer des pôles de transformation agricole manufacturiers et d’industries extractives », rapporte le compte rendu du conseil des ministres.

L’environnement devrait encaisser le coup de l’exploitation. L’embauche des fils du milieu et la construction des infrastructures socioéconomiques ne sont pas garanties. La santé des populations risque aussi d’en pâtir. Il y a risque d’empoisonnement au manganèse dont les symptômes sont les hallucinations, la perte de mémoire, entre autres. L’exposition prolongée au manganèse, selon les recherches, peut aussi provoquer des embolies pulmonaires et des bronchites, la faiblesse musculaire, les maux de tête, l’insomnie, et plus grave, la schizophrénie, la maladie de Parkinson, etc. Chez les hommes, c’est l’impuissance sexuelle qui les guette. Ce sont là autant de maladies auxquelles les ouvriers et les populations riveraines seront exposés si des mesures de sécurité ne  sont pas prises.

Au demeurant, l’exploitation du manganèse peut bien se révéler nuisible à Nayega, avec cette triste réalité selon laquelle les zones minières sont souvent les plus sinistrées, manquant d’infrastructures sociocommunautaires de base, les besoins des populations ignorées. Un avant-goût a d’ailleurs été donné par l’exploitation éphémère d’un gisement dans le coin par Ferrex Plc qui n’a pas laissé des souvenirs intarissables chez les populations dont les besoins sont nombreux. Nous en avions fait cas, suite à une enquête sur le terrain, dans un article titré « A Nayiega dans le Kpendjal, les minerais de manganèse, la misère et l’espoir » dans la parution n° 2410 du 03 avril 2017. Seront-ils pris en compte ? Rien n’est moins sûr.C’est ici que cette crainte et cet appel à la vigilance d’un fils du milieu trouve toute sa légitimité : « J’espère vivement que le début officiel de l’exploitation à grande échelle du gisement de manganèse à Nayéga (Préfecture de Kpendjal-ouest) ne sera pas le début de l’amplification des souffrances de ma préfecture d’origine. Des localités, sources de richesses pour notre pays, paient un lourd tribut des richesses naturelles que Dieu a gracieusement mises sous leurs sols. Je peux citer Hahotoé, Kpémé, Tabligbo, Vogan, etc. (…)  Natifs de Kpendjal-ouest, ouvrons grandement les yeux et les oreilles afin que cette grande exploitation ne devienne pas la GRANDE MALÉDICTION pour nos parents résidant dans les villages concernés ».

Tino Kossi

source : Liberté

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