Faure Gnassingbé ou le règne du treillis : Pourquoi les militaires fuient-ils les casernes pour les affaires ?


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Porté au pouvoir par un coup d’Etat rocambolesque en 2005, Faure Gnassingbé, tout comme son défunt père, ne jure que par l’institution militaire,
 
le vrai socle du régime. A la différence du long règne de son père, au cours duquel les officiers étaient moins sollicités aux postes civils,
 
Faure Gnassingbé a déroulé le tapis rouge de l’affairisme aux militaires et, particulièrement, aux officiers.
 
Les casernes, ils rêvent tous d’être hommes d’affaires, millionnaires, administrateurs de postes civils, ambassadeurs, etc. Présentés souvent comme des gens de rigueur et de discipline, la gestion de ces hommes en treillis finit généralement en faillite générale des structures dont ils ont la charge. Les préfets militaires et leurs dérives autoritaires sont une réalité de la vie des Togolais. Le Colonel Dadja Manganawé, tristement célèbre préfet de Dankpen, n’est plus à présenter, tout comme le colonel Djato de la préfecture de l’Est Mono.
L’ancien responsable du SRI (Service de recherche et d’investigation), Jacques Ouadja Gbati est depuis quelques mois le nouveau préfet de Mango, en remplacement d’un autre tristement célèbre officier Colonel Awaté Hodabalo, celui-là même qui dénie la nationalité togolaise à ses administrés. La préfecture de la Kozah est également aux mains d’un colonel en la personne de Didier Bakali. Le Conseil des ministres du 3 février dernier a propulsé trois nouveaux préfets militaires. Le colonel Biténewè Kouma préfet de l’Est-Mono, le Colonel Monpion a la charge de la préfecture de Tchaoudjo et le commandant Soufouloum aux commandes de la sous-préfecture de Mô.
La vague des nominations des préfets militaires va continuer certainement. Le plus grand cumulard des officiers se trouve être un certain Fogan Adégnon. Le fameux Contre-amiral sans frégate ni pirogue (sic) est né sous la bonne étoile. Admis à la retraite, il est toujours en activité. Président de la Délégation spéciale de la capitale, Lomé ville poubelle, avec des tas d’ordures partout. Il est Directeur Général du Port Autonome de Lomé où les activités sont au ralenti. Il est également membre du Conseil d’Administration de l’EPAM (Etablissement public autonome de gestion des marchés), membre du Conseil d’Administration de la SOTRAL (Société de transport de Lomé), Président du Conseil d’Administration du CHU-Sylvanus Olympio. Malgré toutes ses charges, même à l’église, il est fidéicustos et bouscule les fidèles pour jouer les premiers rôles. Au Port autonome de Lomé, il serait sur le départ et ce sera tant mieux.
 
Le second officier cumulard a pour nom Colonel Ouro-Koura Agadazi. Ministre de l’Agriculture, de l’Elevage et de l’Hydraulique villageoise, Directeur général de l’ANSAT (Agence nationale pour la sécurité alimentaire). Colonel paysan, vendeur de céréales, sa gestion du ministère est généralement décriée par les partenaires. Malgré les détournements et les échecs de plusieurs projets, l’homme reste droit dans ses bottes. L’ANSAT dont il a la charge est gérée moins qu’une épicerie de quartier. Son rôle se limite à un affairisme sans précédent impliquant ses proches. Ministre et Directeur général de l’ANSAT, le colonel Ouro-Koura Agadazi est à la fois décideur et contrôleur.
 
Le CHU-Sylvanus Olympio, le plus grand centre hospitalier du pays, un mouroir qui ne dit pas son nom, se trouve également dans les mains du Colonel Adom Wiyoo-Kpao qui brille par une gestion calamiteuse. Le Garage Central et Administratif reste dans l’escarcelle de l’armée. Le Directeur Général actuel a pour nom Colonel Tchakorom. L’Agence nationale de l’Aviation civile est toujours pilotée par le Colonel Gnama Latta Dokissime qui, selon certaines sources, serait admis à la retraite. Un autre général retraité a refait surface depuis un an. Béréna Gnakoudè a pris discrètement les commandes d’une nouvelle structure de salubrité publique dénommée ANASAP (Agence Nationale pour la Salubrité Publique) créée par Faure Gnassingbé. Son adjoint serait un capitaine de grade. Même le Palais des Congrès de Lomé est géré par un officier Colonel des FAT en la personne de Kolani-Nagoure Tchimbiandja. La préfecture maritime est sous la responsabilité du capitaine de Vaisseau Adzoh.
 
Les officiers sont aussi aux commandes de certaines représentations diplomatiques à l’extérieur. L’ambassadeur du Togo en France, Calixte Batossie Madjoulba, est un colonel. Le nouvel ambassadeur du Togo au Canada, Ekpaou Nolaki, est aussi un officier, Colonel de grade. Cet accaparement des postes civils par les militaires n’est pas sur le point de s’arrêter. C’est dans cette logique qu’il faut inscrire l’arrivée à la tête de la Fédération togolaise de football du Colonel Guy Akpovy. Dernier à s’inviter dans la course, tout a été mis en œuvre pour qu’il remporte l’élection.
 
Menaces, intimidations, pressions, trafics d’influences et enfin l’intéressement des électeurs sont les méthodes qui ont permis de mettre le grappin sur le siège du football à Kégue. Avec cette nouvelle prise, l’on se demande ce que sera la prochaine étape. De toute évidence, il ne fait plus bon d’être dans les casernes pendant que dehors, certains en un temps record se font des milliards, sous la bienveillance de Faure Gnassingbé. « La pauvreté, les privations et la misère sont l’école du bon soldat », disait Napoléon Bonaparte dans sa Lettre à Joséphine de Beauharnais. Une réflexion qui n’est plus d’actualité de nos jours, surtout au Togo où être un bon soldat, c’est être millionnaire ou milliardaire, avoir des maisons avec ascenseur, même au village, et ne se priver de rien du tout.
 
A l’allure où vont les choses, bientôt ils prendront le contrôle des morgues et des cimetières. S’il existe un seul critère pour décrire le système autocratique qui régente le Togo et qui, au fil du temps, s’est transformé en une mafia, l’envahissement des postes civils par les militaires en est un. Exiger de Faure Gnassingbé une lutte contre la corruption serait demander à Pablo Escobar de neutraliser les trafiquants de drogue qui sont à ses services. Lorsque le premier responsable du pays est un affairiste notoire, les militaires qui l’ont porté au pouvoir ne peuvent se contenter d’un statut de spectateur. Vive le règne du treillis sous Faure Gnassingbé pour que vive la dictature. Fermez le ban !
 
source : Ferdi Nando (L’ALTERNATIVE)
 

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