Incendie des marchés : attendant l’inculpation de Dieu

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“La justice, c’est comme la sainte Vierge. Si elle n’apparaît pas de temps en temps, le doute s’installe”

Nonobstant les déclarations du procureur de la République, Blaise Poyodi, annonçant la fin de l’instruction dans l’affaire des incendies des marchés de Kara et de Lomé, ce dossier est loin d’être clos. Tel un tonneau des Danaïdes, il continu d’avaler des opposants au régime de Faure Gnassingbé. Lundi dernier, ce sont trois responsables du collectif “sauvons le Togo” (CST) qui ont été inculpés par le Doyen des juges d’instruction. Comme les autres, Claude Ameganvi du Parti des Travailleurs, Eric Dupuy et Alexandre Amorin de l’ANC sont accusés de “groupement de malfaiteurs” et ”complicité de destruction des biens publics” et interdits de se prononcer sur le fond du dossier. Encore une fois, le Doyen des juges d’instruction n’a pas démenti ses détracteurs : ”depuis que ces incendies des marchés se sont produits, toute personne convoquée dans cette affaire dans le bureau du Doyen des juges, s’en sort toujours avec une inculpation” . Là, il est accroché au cou des opposants la médaille griffée “groupement de malfaiteurs” et ”complicité de destruction des biens publics” qui devra les empêcher de regarder loin et de prendre position par rapport à certains problèmes brûlants de l’heure. Alors qu’il devrait se rendre samedi dernier à Paris et à Bruxelles pour rencontrer les autorités françaises et celles de l’Union européenne, Jean-Pierre Fabre s’est vu refuser la sortie du territoire nationale par la justice togolaise. Pourtant, ces mesures restrictives ont été levées dans le cadre des pourparlers conduits par le Président de la Commission Vérité, Justice et Réconciliation, Mgr Nicodème Barrigah.

Mais à voir de près ce qui se passe, il faut dire qu’il y a une volonté manifeste d’imposer l’omerta à tous les opposants dans la perspective des prochaines compétitions électorales. Le coup ayant marché dans le cadre des dernières législatives, pourquoi ne pas le remettre pour les scrutins futurs? Ainsi, des opposants conditionnés sur qui pèsent de lourdes charges, n’auront pas assez de marges de manœuvres quand les résultats seront travestis en faveur du clan aux affaires. Malheureusement, la justice est mise à contribution pour donner corps à la stratégie de harcèlement et de persécution des adversaires politiques. Des indiscrétions, l’ordre de ne pas accorder l’autorisation de sortie au leader de la ANC serait venu d’en haut.

De tout ce qui précède, quel crédit faut-il accorder à ces déclarations du très chrétien Ministre de la justice, Koffi Essaw : “le magistrat doit rendre la justice au nom de Dieu, il doit se départir des comportements qui portent atteinte à sa dignité et l’éloignent de l’indépendance, notamment la corruption” ? A-t-on affaire à un épigone? Faut-il dire qu’on a vendu le voleur pour acheter le sorcier? En attendant d’avoir des réponses à ces questions, il faut dire que la justice togolaise est loin de faire sa mue et reste un instrument de neutralisation des adversaires politiques. Et à force de faire du mal, elle finit par accumuler des mufleries qui pètent aux visages des gouvernants devant les juridictions internationales. Après avoir inculpé tout le monde dans cette affaire d’incendies des marchés, il n’y a que Dieu, le créateur du ciel et de la terre, qui reste à être entendu. Et l’instruction sera close pour le grand déballage et pour “la justice au nom de Dieu“.

Zeus AZIADOUVO
 

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