Interview de Mamadou Seck de l’Institut Gorée : « Nous demandons à la CENI, d’aller vers une revue du Code électoral puisqu’il y a énormément d’incohérences »

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Installé au Togo pour faire le monitoring et l’observation du processus électoral, l’Institut Gorée a rendu publiques ses observations et recommandations juste au lendemain des élections législatives du 25 juillet dernier. L’élection a-t-elle été exempte de tout reproche ? Qu’ont observé le millier de moniteurs et d’observateurs de l’Institut Gorée sur le terrain ? Quelles sont les recommandations que cet institut de droit sénégalais a fait à l’endroit de la classe politique du Togo, des institutions impliquées dans l’organisation des élections et du gouvernement allant dans le sens de l’amélioration du cadre électoral pour de futures échéances ?
 
La réponse à toutes ces interrogations est donnée à l’Agence Afreepress par Mamadou Seck (photo), Coordinateur général de la Mission d’observation électorale auprès de la société civile togolaise. « Le jour du scrutin, il y a eu des dysfonctionnements mais qui n’étaient pas d’envergure au point de remettre en question le processus », a fait savoir l’homme dans cette interview. Lire l’intégralité de l’entretien.
 
Afreepress : Vous êtes le Coordinateur général de la Mission d’assistance électorale de l’Institut Gorée au Togo. En quoi a consisté ou consiste votre travail dans notre pays ?
 
Mamadou Seck : Nous sommes là pour suivre le processus électoral. Nous sommes en partenariat avec la plate-forme Synergie citoyenne pour des élections démocratiques au Togo (SYCED) et la Fondation Handel. Avec la SYCED l’idée était de les former d’abord avant de les déployer pour qu’ils suivre le processus électoral.
 
Afreepress : De quelle manière votre travail a-t-il évolué durant ce processus ?
 
Mamadou Seck : Nous avons d’abord fait le monitoring du recensement biométrique, ensuite les 25 moniteurs formés pour le recensement biométrique ont été transformés en observateurs en long terme parce que nous avons fait le monitoring de la violence électorale. Ils étaient 60 sur le terrain. Nous avons fait 25 moniteurs des médias qui étaient également sur le terrain depuis le mois de mars. Nous avons formé six-cents (600) observateurs classiques et 200 observateurs en plus des observateurs internationaux qui étaient avec nous le jour du scrutin. C’est dire que nous avons tourné autour de neuf cent soixante (960) observateurs et moniteurs sur le terrain depuis le mois de janvier.
 
Afreepress : Les élections ont pris fin il y a déjà plus d’une semaine. Quel a été le contenu de votre observation ?
 
Mamadou Seck : Il faut quand même reconnaître que pour le recensement biométrique, il y a eu une insuffisance d’offres infrastructurelle et logistique dans le pays. Heureusement qu’au fil du processus puisque c’était divisé en deux zones, la CENI a pu quand même rectifier les loupés de la première zone pour arriver à un niveau d’inscription assez honorable, c’est-à-dire plus de 3 millions de citoyens. Maintenant pour le monitoring de la violence électorale on a vu globalement que c’était très calme. Hormis quelques poches de violences mineures portées généralement par le parti au pouvoir UNIR sur la base justement de contestations suite à des investitures qui ne rencontraient pas l’adhésion des populations à la base.
 
Pour le monitoring des médias, nous avons constaté un mauvais traitement de l’information par les journalistes et les professionnels de l’information. Vos collègues sur le terrain ont dès fois cette tendance à prendre partie. Nous avons remarqué que 43 % des articles suivis reflétaient une forme de prise de partie soit en faveur du parti au pouvoir ou de l’opposition de la part des professionnels des médias. C’est un problème qui remet en cause le principe d’éthique et de la déontologie de la presse au Togo.
 
Afreepress : Et le jour du scrutin, n’y a-t-il pas eu des dysfonctionnements remarqués ?
 
Mamadou Seck : Le jour du scrutin, il y a eu des dysfonctionnements, mais qui n’étaient pas d’envergure au point de remettre en question le processus et cela il faut le dire. Il y a eu des bureaux qui ont trop tardé dans le démarrage, il y a eu des bulletins de vote qui manquaient, il y a eu des membres des bureaux de vote qui étaient absents, il y a aussi eu certains membres des bureaux de vote qui n’étaient pas à la hauteur de ce qu’on demandait d’eux et cela dépend surtout de leur formation.
 
Mais globalement tout cela n’a pas impacté le processus dans le mauvais sens. C’est dire que le processus globalement s’est bien passé et laissons le droit aux partis politiques d’ester auprès de la Cour Constitutionnelle si nécessaire.
 
Afreepress : L’Institut Gorée n’est pas seulement là pour observer, mais aussi pour faire des recommandations. Quelles sont les recommandations que vous avez formulées à l’endroit aussi bien du gouvernement, des acteurs politiques que de la CENI, organisme chargé de la supervision et de l’organisation des élections au Togo ?
 
Mamadou Seck : Nous avons demandé à l’État d’instaurer le dialogue politique, c’est nécessaire, c’est important. C’est à l’État d’organiser et d’impulser une dynamique à ce dialogue pour qu’il puisse avoir lieu. Le dialogue est le poumon de la démocratie sans dialogue une démocratie ne peut pas marcher.
 
Il faut aussi faire preuve d’élégance. Cela est une recommandation que nous faisons même si elle n’est pas objective. Détenir un pouvoir c’est un sacerdoce, c’est celui qui détient le pouvoir qui doit avoir cette capacité à oublier certaines choses, à s’oublier pour le bien-être de la nation. Donc cela est une forte injonction qu’on pourrait faire (même si ce n’est pas très déférent) à l’endroit de l’État de s’oublier un peu pour permettre à l’opposition et aux partis qui ne sont pas dans la mouvance de pouvoir s’exprimer et de pouvoir donner leurs avis objectivement.
 
Nous demandons à la presse de respecter les principes d’éthique et de déontologie. À la HAAC, nous demandons d’exercer tous les pouvoirs que lui confère la loi, mais avec un esprit d’ouverture. Nous demandons à la CENI d’aller vers une revue du Code électoral puisqu’il y a énormément d’incohérences dans le Code électoral. De le lifter pour le mettre au goût du jour et surtout d’améliorer l’offre des infrastructures et de la logistique pour les prochaines échéances électorales. À l’état de mettre en place une politique d’éducation à la citoyenneté puisqu’il y a eu 116 000 bulletins de vote nuls. C’est énorme! C’est dire que les Togolais votent mal et qu’il faille éduquer les gens afin d’une amélioration de ce vote.
 
Donc voilà de manière ramassée ce que nous avons fait comme recommandations. Ce n’est pas exhaustif, j’ai essayé de vous rappeler certains points sinon dans notre déclaration nous avons évoqué point par point toutes les recommandations pour rendre un peu plus perfectible le processus électoral togolais.
 
Afreepress : La suite de la mission de l’Institut Gorée au Togo, ce sera quoi ?
 
Mamadou Seck : Nous sommes là pour les élections législatives et locales. Même si la date n’est pas encore fixée nous attendons et nous exercerons les mêmes activités d’observation et de monitoring pour toujours aller dans cette dynamique de consolider la démocratie togolaise pour le bien de ce pays et de l’Afrique.
 
Propos recueillis par Olivier Adja
 
 

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