Législatives du 25 juillet : Des raisons de douter de la sincérité de l’Union européenne

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Y a –t-il une complicité entre l’Union européenne et le pouvoir Faure Gnassingbé sur le dos des populations? C’est en tout cas la religion que se sont faite, à tort ou à raison, certains Togolais. S’il est difficile d’être affirmatif là-dessus, il y a tout de même des faits qui poussent à douter de la sincérité de l’institution. Ou du moins de sa représentation dans notre pays. Illustration avec sa dernière sortie médiatique qui jette du discrédit sur elle.
 
L’UE fait volte-face et fuit ses responsabilités
 
« La Délégation de l’Union européenne tient à préciser que les informations contenues dans ce rapport provisoire ne reflètent que l’opinion d’experts électoraux indépendants. Elles ne peuvent en aucun cas être considérées comme les positions officielles de l’Union européenne ». Voilà les termes d’un communique aux airs de mise au point pondu par la Délégation de l’Union européenne dans notre pays. Il s’agissait pour Patrick Spirlet et les siens de (faire semblant de) démentir (sic) le rapport intérimaire confidentiel de l’institution européenne sur les élections législatives du 25 juillet dernier publié dans nos colonnes. Un rapport qui passe au crible le déroulement du scrutin et tout le processus qui a abouti à la proclamation des résultats, relève les irrégularités monstres qui l’ont caractérisé. Contrairement au commun des missions d’observation alimentaires africaines qui n’ont rien vu et accordé un satisfécit total au gouvernement en place, y compris le fameux Gorée Institut dont on vantait tant les mérites.
 
Ce document relève en effet les retards énormes dans l’ouverture de bureaux de vote, des défaillances logistiques, l’indisponibilité des documents officiels dans certains bureaux de vote, la pagaille qui a entouré la proclamation des résultats-tendances, le caractère folklorique de la mission d’observation du Haut commissariat des Nations Unies pour les droits de l’Homme (Hcdh), l’impartialité ou l’ambiguïté de la Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication (Haac). « Aucun résultat ni aucun procès-verbal des opérations électorales par bureau de vote n’a été rendu public par la Céni, hypothéquant le bien-fondé d’un contentieux des résultats exclusivement basé sur les copies des procès-verbaux remises aux délégués des candidats. A l’heure où les résultats provisoires étaient proclamés, le personnel du Centre national de traitement des données procédait encore à la saisie des procès-verbaux remontés du terrain, la centralisation des résultats par bureau de vote sur la base de l’original du procès-verbal prenant plus de temps que prévu », note le document, entre autres failles.
 
Il s’agit en somme d’un rapport accablant pour le pouvoir, le seul discordant dans la famille des observateurs et proche de la réalité. Et en plus, au nom de la diplomatie, il y en un effort surhumain qui a été fait pour éviter d’aller au-delà et rapporter par exemple les cas de bourrage d’urnes et d’usages de bulletins prévotés qui étaient manifestes. Et un tel rapport, la Délégation de l’Ue dans notre pays devrait l’assumer jusqu’au bout. Mais ce n’est pas le cas.
 
Sans doute qu’après la publication dudit document dans nos colonnes, la colère est montée au sein du pouvoir en place et les chiens ont été lâchés aux trousses des représentants diplomatiques européens dans notre pays. Patrick Spirlet et les siens devraient donc avoir été soumis à de rudes pressions au point de faire une sortie médiatique en guise de réaction – ce qui est rare de la part de la délégation de l’Ue au Togo – et se faire hara-kiri. Sinon le bon sens n’arrive pas à trouver le bien-fondé d’une telle réaction qui n’est même pas à prendre comme un démenti de l’existence du rapport. En aucun moment en effet, la Délégation de l’Ue n’a nié l’existence d’un tel rapport intérimaire ; mais elle a laissé entendre que « les informations contenues dans ce rapport provisoire ne reflètent que l’opinion d’experts électoraux indépendants » et donc « ne peuvent en aucun cas être considérées comme les positions officielles de l’Union européenne ». Et d’ailleurs il n’a jamais été présenté comme la position officielle de Bruxelles. Cette sortie prête simplement à sourire, d’autant plus que c’est elle-même qui a déployé les deux experts dits « indépendants » pour observer le déroulement du scrutin et en dresser un rapport. C’est simplement une fuite de responsabilité. Et ce scénario illustre la nature des relations (obscures en somme) qui lient parfois les ambassadeurs européens dans notre pays et le pouvoir en place.
 
Une sincérité remise en question
 
L’Union européenne s’est toujours illustrée dans les pays africains allergiques à la démocratie comme en mission civilisatrice en la matière. Au Togo particulièrement, elle n’hésitait pas à dire la vérité au partenaire qu’est le régime en place. Ses différents rapports d’observation des élections sont assez illustratifs, et les Togolais les apprécient à leur juste valeur. Mais quelle crédibilité accorder désormais à l’institution européenne après cette danse du déshonneur ?
 
La question est légitime, au regard de sa position connue par rapport au processus. Car contrairement aux autres élections, l’Union européenne qui est le sponsor officiel du Togo, n’a pas financé le scrutin du 25 juillet dernier ni envoyé de mission d’observation. Tout simplement notant un manque de volonté du régime en place à exécuter les réformes constitutionnelles et institutionnelles de l’Accord politique global (Apg) et les recommandations pertinentes de ses missions d’observation électorale de 2007 et 2010 pour l’amélioration des échéances électorales dans notre pays. Une décision tout a fait logique et responsable et que d’ailleurs personne n’a contestée ; sauf peut-être Faure Gnassingbé et les siens qui avaient juste besoin de la manne de Bruxelles. Ils ont maintenu leur logique et dû financer le scrutin sur fonds propres du Togo.
 
Toujours concernant le présent processus, il urge aussi de rappeler le document interne à l’Ue relatif à la signature des cartes d’électeurs par Taffa Tabiou. Ledit document révélé sur la place publique par le confrère « L’Alternative » en mai dernier, en marge du recensement électoral, faisait part des réserves fondées de la Mission d’assistance électorale de l’Ue. Morceaux choisis : « L’éventualité de la conservation de la signature de l’ancien président de la Céni sur les cartes d’électeur, devant servir pour les législatives et les locales de 2013 au Togo, peut poser quelques problèmes juridiques, au regard de la loi électorale togolaise. Cela peut éventuellement alimenter des appréhensions politiques sur le recensement biométrique, l’établissement des cartes d’électeur et les scrutins » ; « La signature de M. Tabiou Taffa ne peut être autorisée que sur des cartes d’électeur issues du recensement électoral qui a servi à l’élection présidentielle de 2010. L’acte de signature de carte d’électeur, M. Tabiou Taffa ne peut plus la poser après l’année 2010 » ; « On peut craindre que la conservation de la signature de M. Tabiou Taffa, ancien président de la Céni, en lieu et place de celle de Mme Angèle Aguigah, présidente en exercice de la Céni, soit perçue, à tort ou à raison, par certaines tendances politiques, comme un acte juridique qui porte atteinte à la disposition du Code électoral qui veut que la carte d’électeur soit « infalsifiable et sécurisée » (art. 63, al. 2). Certaines formations politiques peuvent se saisir de ce problème juridique pour amplifier leurs appréhensions sur la fiabilité des opérations de recensement biométrique et d’établissement des cartes d’électeur, et s’en servir comme arguments pour la contestation des résultats de scrutins ».
 
Au regard de toutes ces réserves, on peut bien comprendre que l’Ue ne vende pas cher le scrutin du 25 juillet dernier. Et c’est sans doute pour éviter de cautionner un simulacre d’élections qu’elle a décidé de ne pas le financer. Néanmoins pour avoir une base d’appréciation, Bruxelles a dépêché dans notre pays deux experts qui ont observé le déroulement du scrutin et élaboré un rapport. Mais à peine les « tendances » du scrutin du 25 juillet ont-elles été rendues publiques que la Haute Représentante des Affaires Extérieures et de la Politique de Sécurité et Vice-présidente de la Commission Européenne, Catherine Ashton s’est empressée de faire une sortie pour donner son satisfécit tacite au pouvoir en place et tirer un trait sur le processus. C’était le samedi 27 juillet, avant même que la Céni ne proclame les résultats provisoires complets. « Je prends note des efforts déployés par les autorités électorales du Togo dans l’organisation de ces élections et encourage la Commission électorale nationale indépendante à tout faire pour assurer la pleine transparence du processus électoral jusqu’à son terme selon les modalités prévues par le Code électoral », dit-elle, et d’ajouter : « Il est important que tous les Togolais continuent à faire preuve de responsabilité en privilégiant le dialogue, en refusant la violence et en ayant recours aux seules voies légales pour résoudre tout contentieux éventuel. Ces élections législatives et les locales qui suivront ainsi que la mise en œuvre rapide des prochaines réformes politiques représentent des étapes importantes pour le renforcement de la démocratie au Togo et, pour une société apaisée et réconciliée ».
 
De façon tacite, la voix officielle de l’Ue tissait des lauriers au pouvoir en place et fermait la page de ce scrutin. Malgré les irrégularités énormes qui l’ont caractérisé. Et là aussi, le rapport élaboré par les deux experts déployés qui devrait normalement servir de base objective à toute appréciation du processus, est peint comme l’avis de deux spécialistes « indépendants », qui n’engage en rien Bruxelles, ou du moins ne saurait être pris pour sa position officielle. Soit. Est-ce à dire que la sortie de Catherine Ashton est la position officielle ? La Haute représentante a-t-elle consulté le rapport avant de faire sa déclaration ? Sur quoi va-t-elle se baser, cette éventuelle position officielle de l’Union européenne, si ce n’est sur le rapport des deux experts ? « La publication de ce rapport par la presse a mis la Délégation de l’Ue dans un véritable embarras. Elle aurait bien voulu que ce document n’arrive jamais sur la place publique et la position de Mme Ashton serait consommée et peinte comme celle officielle, malgré les irrégularités constatées. Cela prouve tout simplement comment des fois Bruxelles, ou du moins ses représentants diplomatiques dans notre pays ferment les yeux sur les dérives du pouvoir ou plutôt les adoubent et se jouent du sort des millions de Togolais », peste un compatriote pour qui « ces gens ne sont pas sincères ».
 
Tino Kossi
 
Liberté Hebdo

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