Libre opinion / Burkina Faso : Interdit de se tromper


Gilbert_Diendere


Le Burkina Faso vient par un coup d’état rappeler aux Africains que la démocratie est un combat où l’on paye tôt ou tard le prix de ses erreurs. La première des erreurs fut celle de l’ancien Président Blaise COMPAORE, qui a cru qu’avec une armée fidèle on peut se permettre tout, y compris durer éternellement au pouvoir. Il l’a payée par son exil, lui qui aurait pu être un respectable ancien Président, sollicité par ses pairs de la sous-région et la classe politique burkinabe pour son expérience.
 
La deuxième erreur fut celle de son opposition et de la société civile burkinabe, qui a cru que l’enthousiasme d’une insurrection suffisait à garantir au pays une démocratie à l’abri de toute surprise désagréable. Elles viennent de les payer avec le coup d’état du Général DIENDERE. Le Burkina Fao n’est pas le Burundi, pour qu’on croie que ce coup d’état va échouer tant qu’il n’aura pas atteint son objectif: permettre à tous les courants politiques, y compris ceux proches de Blaise COMPAORE de pouvoir se soumettre au jugement souverain et démocratique de l’élection présidentielle.
 
Il est vrai qu’il y a un risque, celui pour l’opposition de perdre encore. Mais ce n’est pas une raison d’exclure ceux qu’une insurrection populaire a peut-être instruits d’une riche expérience, et qui de ce fait sont peut-être mieux préparés à aider le Burkina Faso à relever les défis du développement.
 
Le principe fondamental de la civilisation chrétienne est que l’homme peut changer surtout quand il sait tirer les leçons de ses expériences et de ses échecs. Pourquoi ne pas donner aux amis de COMPAORE la possibilité de voir en quoi ils ont été enrichis par les événements qui ont chassé leur patron du pays?
 
Certes, il y a un risque, celui de retrouver des gens qui n’ont rien appris du tout, qui vont revenir avec la volonté de se venger. Il s’agira encore là d’une erreur qu’ils ne tarderont pas à payer.
 
Le Général DIENDERE vient rappeler aux Burkinabe, que la politique, c’est avant tout l’art de prendre des risques en s’interdisant le droit reconnu au commun des mortels de se tromper.
« Errare humanum est » dit-on. La vérité de la formule demande à être complétée. « L’erreur est humaine, mais faire attention aussi ».
 
Trop d’enthousiasme a perdu la transition, surtout quand après s’être trompée en faisant un code électoral qui excluait une catégorie de Burkinabe, elle a refusé de faire attention et d’écouter la CEDEAO, qui lui a demandé de rectifier le tir. Ce fut l’erreur de trop.
 
Le Général sait qu’il lui est interdit de se tromper: cet exercice difficile va demander de lui de gérer toutes les sensibilités politiques du pays sans frustrer aucune, sans privilégier aucune, en veillant à trouver les mots justes, les actes justes qui rassembleront les Burkinabe.
 
Rassembler les Burkinabe autour de la République, tel sera le paradoxe de sa mission pour un responsable de coup d’état. Mais ce ne sera pas la première fois qu’un coup d’état révèle un général intelligent et salutaire pour son pays. Les Burkinabe et lesAfricains en général devraient souhaiter qu’il en soit ainsi. Quant à l’opposition, elle devrait s’enrichir d’une expérience: le plus difficile en politique n’a jamais été de renverser un pouvoir. Le plus difficile sera toujours de rassembler les énergies qu’il faut pour atteindre les objectifs que l’on a. Cela passe souvent par des sacrifices sans commune mesure. Souvenez vous des socialistes français, qui pour barrer la route au Front National parvenu au deuxième tour de l’élection présidentielle de 2002 en France, ont voté pour le Président CHIRAC.
 
L’opposition burkinabe peut gagner, si au lieu de chercher à être pire que ses adversaires en entretenant ses divisions, que seules de stériles ambitions justifient, elle se rassemble. Elle n’était jamais parvenue à le faire face à COMPAORE et elle avait toujours perdu. Si elle ne parvient pas encore à le faire, le risque de perdre n’en sera que plus grand.
Dy Gilid
 

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