Malgré ses 62 députés, Faure sera contraint de faire des réformes consensuelles

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C’est avec du champagne et des vins de dernière qualité que Faure Gnassingbé et son entourage ont accueilli les résultats des élections législatives du 25 juillet qui leur offrent 62 députés sur 91, soit une majorité absolue à l’Assemblée Nationale.
 
L’héritier du feu général Eyadema a donc des raisons de se frotter les mains de satisfaction, lui qui était réduit à sa seule ombre depuis des mois à cause des diverses difficultés que rencontre son pouvoir.
 
Il faut bien le dire, son pari de dribbler à la fois le peuple togolais et la communauté internationale en refaisant surface, par une voie détournée est donc largement atteint.
 
En principe, avec ce score, Faure Gnassingbé devrait avoir les coudées franches pour entreprendre des réformes à son goût et à son désire sans pour autant s’inquiéter des sempiternels débats politiques parfois stériles qui ont plombé, en bonne partie, le projet de ces réformes depuis la signature de l’APG en août 2006.
 
Mais il n’en sera rien. Le débat sur les réformes institutionnelles et constitutionnelles risque, encore une fois, d’être mené au Togo dans un cadre politique, loin du parlement, avant d’être entériné par le vote tout fait des députés.
 
Il ne saurait en être autrement vu la ligne que sont en train de définir les partenaires du Togo à travers les communiqués qu’ils ont rendus aussitôt après les élections.
 
En effet, dans les recommandations des différentes missions d’observation dépêchées au Togo, on note une formule constante liée à la poursuite du dialogue politique. « La mission d’observation de l’union africaine recommande la poursuite du dialogue entre les acteurs politiques afin de mettre en oeuvre l’Accord Politique Global ».
 
Elle « encourage la création d’un cadre permanent de dialogue et de concertation entre les partis politiques en vue de maintenir un climat d’apaisement et contribuer ainsi à la prévention, à la gestion et au règlement des différends ».
 
Pour sa part, le chef de mission de la CEDEAO, Léopold Ouedraogo a demandé au gouvernement de « poursuivre les efforts de dialogue avec l’ensemble de la classe politique en vue de maintenir le climat d’apaisement dans le pays ».
 
Catherine Ashton, haute représentante de l’Union européenne pour les Affaires étrangères, a demandé aux togolais de « privilégier le dialogue ». Toutes ces recommandations relèvent en réalité du bon sens et se justifient par plusieurs raisons.
 
D’abord les résultats issus de ces élections ont été largement contestés par les deux principaux regroupements de partis politiques ayant pris part à ce scrutin, ce qui signifie en clair que la majorité acquise de fait par le pouvoir à l’Assemblée Nationale ne fait pas l’unanimité et est, en elle-même, une source de division de la classe politique.
 
Elle ne saurait donc jouir de la légitimité nécessaire pour légiférer en marge d’un compromis politique.
 
Ensuite, la gestion politique actuelle du pays repose sur l’accord du 26 août 2006 dont le reliquat n’est toujours pas vidé. Il faudra, impérativement le vider à travers des réformes dans une démarche consensuelle.
 
Même l’organisation de ces élections législatives a violé les prescriptions de cet accord qui en principe, empêche le gouvernement d’entreprendre quelque réforme que ce soit sans un consensus politique.
 
La révision unilatérale du code électoral, le vote du statut de l’opposition, le découpage électoral et d’autres chantiers initiés et conduits unilatéralement par le pouvoir de Faure Gnassingbé ont violé ce compromis politique.
 
Pour tout dire, l’Assemblée Nationale qui va s’installer bientôt ne va pas servir à grand-chose si ce n’est de valider les compromis politiques, un peu comme ce fut le cas pour le parlement sortant.
 
De plus, le pouvoir de Faure Gnassingbé n’a pas encore donné la preuve de sa capacité à gérer efficacement les affaires du pays. Il ne saurait donc avoir du crédit et inspirer confiance dès lors qu’il s’est illustré, à plusieurs reprises par des tatonnements répétitifs, des coups-bas puérils et des légertés dans le traitement des dossiers judiciaires.
 
Tout cela constitue des éléments suffisants pour mettre le régime de Faure Gnassingbé sous la perfusion d’un dialogue politique qui pourrait contribuer à réduire les risques d’une explosion sociale et d’une crise politique aiguë dans le pays.
 
A part donc la fierté d’avoir « gagné » ces élections, UNIR et son président provisoire ne pourront pas jouir d’une latitude pleine et entière pour gouverner le pays à leur manière et se soustraire de l’exigence de composer encore et toujours avec les autres acteurs de la vie politique.
 
togoinfos

 
 

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