Pascal BODJONA : Entre capitulation stoïque et stratégie politique

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Pascal Bodjona
photo@RFI


Le 06 Février dernier, cela faisait 36 mois qu’il est un homme libre. Il était en son temps, l’homme à tout faire du régime. Bras droit du président de la république du Togo Faure Gnassingbé, ministre incontestable de l’administration territoriale, porte parole du gouvernement, Pascal Akoussoulêlou BODJONA était sur tous les fronts. Un beau matin, les choses ont tourné au vinaigre pour l’homme. Accablé d’une affaire d’escroquerie internationale, il sera secoué par un feuilleton judiciaire qui le conduira en prison. Ce fut un véritable marathon Mais après sa sortie de prison en 2016, la bête politique est tapie dans un silence. Trois années après, qu’est devenu l’homme ? Pour les uns, l’homme de Kouméa a capitulé, pour les autres c’est un recul stratégique pour rebondir.

S’il devrait y avoir des intouchables au Togo, Pascal BODJONA ferait sans doute partie de ceux-ci. Le natif de Kouméa (village de la préfecture de la Kozah au Nord du Togo), a fait la pluie et le beau temps il avait le vent en poupe depuis la prise du pouvoir par Faure Gnassingbé. Directeur de cabinet à la présidence, ministre de l’administration territoriale, Bodjona s’est imposé comme métronome de la politique du régime des Gnassingbé. Mais quelques années plus tard, c’est l’hivernage, il verra sa passion, son émotion et sa motivation refroidies par une sale affaire d’escroquerie internationale. Il sera bouté du gouvernement et trainé dans la boue à travers les couloirs de la justice, les geôles de la gendarmerie et les grilles de la prison.

Mais alors que ses fans et toute la classe politique togolaise l’attendaient à sa sortie de prison, il se mue ans un silence assourdissant. Depuis le 06 février 2016, date de sa libération de prison, personne n’entend plus parler de l’homme. Alors que des gens misaient sur lui pour un retour triomphale avec probablement la création de sa propre formation politique, il ne fit et ne dit rien, silence radio jusqu’aujourd’hui. Ses sorties sont rares. Ses sorties pour les occasionnelles étaient plutôt dans le sens de quelques voyages pour Accra ceci dans la foulée du dialogue politique. A-t- il joué grand rôle, en faveur de qui et comment ? Nul ne saurait le dire puisque l’homme lui-même ne s’est jamais clairement exprimé sur une position face à la crise.

D’après des informations, le président du Ghana Nana Addo Akuffo Addo aurait sollicité son expertise pour aider à comprendre la crise et à la résoudre. Mais la suite du processus du dialogue ne semble pas expliquer le rôle jouer par Pascal Bodjona. Dans la foulée, il a été aperçu à l’ouverture dudit dialogue à Lomé, dans un style plutôt de défi et d’allégresse qui laissait présager une suite. D’autres sources indiquent que Faure Gnassingbé lui ferait appel de temps en temps dans l’intention de le faire revenir à la maison (au sein du régime), mais tout n’a pas de suite.

Pour son titre d’ancien ministre de l’administration territoriale et des collectivités locales, il est aussi aperçu lors de certaines fêtes traditionnelles. Et la dernière en date c’est l’apothéose de la fête DUNENYOZA des communautés Bè, Aflao puis Agoè en 2018.

Et depuis tout ce temps plus personne en tout cas officiellement n’entend parler de Pascal BODJONA. Sur les questions politiques, il ne se prononce pas, ainsi personne ne connaît sa position exacte sur les questions de l’heure. Ses apparitions se font à l’église, dans les funérailles et parfois dans les supermarchés comme un citoyen ordinaire. Quelques derniers voyages à l’étranger, notamment en France pour faire espérer ses fans qui attendent encore qu’il surgisse de l’ombre. Mais il est rentré dans la plus grande discrétion comme s’il avait reçu des consignes à se taire.

Pascal Bodjona était propriétaire de tous les dossiers : , grève des étudiants, manifestation de rue de l’opposition, crise dans le secteur de l’enseignement, crise dans le football, il était présent et tentait de trouver des solutions même si cela durait le temps des faits, s’est tout simplement fait oublier.

L’homme fort de l’avenue de la cour d’appel de Lomé est totalement effacé, des gens se demandent s’il est toujours là, même ceux qui sont censés avoir des informations directes, n’en savent rien. Il a assisté impuissant le 06 Février 2017 à la fermeture de sa chaîne de Télé et Radio LCF et City Fm du Groupe Sud Média par la Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication.

Affectueusement appelé ministre grand format, son poids, sur les grands dossiers pèse plume. Mais pour la plupart des observateurs, c’est le régime en place qui lui aurait retiré la parole. C’était selon eux la seule condition pour sa libération. Ce qui peut sembler vrai puisque Pascal Bodjona à son arrestation le 1er Septembre 2012 a connu une première mise en liberté après sept mois passés à la gendarmerie de Lomé. Quelques temps après c’est-à-dire en juin 2014, l’homme organise une conférence de presse spectaculaire à Lomé. Il a dit ce qu’il pensait sans mâcher ses mots. En ce qui concernait son avenir politique, l’ancien porte-parole du gouvernement entretenait encore des mythes et faisait des vagues. Mais ses déclarations en ce moment étaient des appels assez forts.
Cette sortie de l’homme lui coûtera très chers puisqu’il sera de nouveau mis aux arrêt le 21 aout 2014 et cette fois, fera son séjour carcéral dans les geôles de la prison civile de Tsévié où il y passera plus d’un an avant de recouvrer sa liberté.

Selon beaucoup d’analystes, après la chute de l’homme, le pouvoir de Lomé est en manque de stratégies. Perte de vitesse, Faure Gnassingbé et ses nouveaux amis ne cessent de multiplier les gaffes, des manœuvres à l’a peu près. Ceux-ci ne veulent pas le penser, puisqu’ils affirment avoir jugulé la crise du 19 août avec dextérité, sans Pascal Bodjona. Une résolution qui sera de courte durée puisque depuis lors, il se sent une montée des forces vives de la nation et de l’opposition, les grèves des enseignants ont pris une vitesse vertigineuse avec des manifestations des élèves et la plupart accompagnée de morts. Absence de porte-parole du gouvernement pour monter au créneau et calmer les esprits. Le gouvernement semble ne rien contrôler.

Mais aujourd’hui après ce long silence, l’opinion se pose encore et encore la question de savoir si l’époux de Zaina a encore un avenir politique.

BODJONA et la problématique d’un avenir politique

Même si le principal concerné ne semble rien montrer, cette question vaut tout se pesant d’or. L’homme reconnu par tous comme état un animal politique ne peut s’empêcher de faire de la politique. Il l’a d’ailleurs confirmé lors de sa conférence de presse qui a suivi sa première libération le 23 Juin 2014 : ‘’ Je suis encore jeune, débordant d’énergie je ne peux cesser de faire de la politique. C’est d’ailleurs tout ce que je sais faire’’, avait-il déclaré.

Alors si l’on s’en tient à cette déclaration de l’homme politique lui-même, la thèse d’un probable retour sur la scène politique togolaise est à soutenir. Reviendra t-il avec sa propre hutte ou retournera t-il dans le camp qui l’avait mis à terre ? Personne n’en sait rien. Mais déjà, des sources l’annoncent comme alternative pour l’alternance en 2020.

A un an des présidentielles, l’horizon semble toujours clair, aucune candidature annoncée pour l’heure. Pascal Bodjona reviendra t-il en politique ? Serait-il vraiment candidat en 2020 comme c’est annoncé ? L’opinion est dans l’attente. Mais pour l’heure, cherchons ce qu’est devenu l’homme. Sans doute qu’il se fera entendre dans les prochaines semaines.

Pour l’heure, Pascal Akoussoulèlou Bodjona navigue entre la capitulation stoïque et l’illusion d’une stratégie politique en téléchargement.

 
source : Richard AZIAGUE/independantexpress.net
 

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