Présidentielle de 2015 et tentation d’un 3e mandat au pouvoir


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. Le risque d’un effet de contagion au Burkina, au Bénin…

La question ne devrait sans doute pas se poser en ces termes. Car l’élection présidentielle, qui plus est dans un pays qui se dit souverain, c’est d’abord l’affaire de ses citoyens ; donc des Togolais dans le cas d’espèce. Mais il faut avouer que la communauté internationale a une lourde responsabilité devant l’histoire, dans l’hypothèse que Faure Gnassingbé brigue un nouveau mandat en 2015, au regard de son rôle dans la crise politique togolaise.

Une tentation bien réelle de continuer

C’est un principe en démocratie qu’on ne peut faire tout au plus que deux mandats d’affilée au pouvoir, et on est appelé à vider le plancher au terme de cette échéance. Et dans le cas du Togo, Faure Gnassingbé parvenu au pouvoir en 2005 dans les conditions détestables devrait, en bon gentleman, se retirer en 2015. Le débat ne devrait même pas avoir lieu si on se trouvait dans un Etat normal, avec des institutions qui fonctionnent normalement, et des gouvernants qui ont le sens de la loi, de l’honneur et de la dignité. Mais c’est une constance que l’homme est tenté par l’envie de continuer l’aventure. Un pur euphémisme pour ne pas avouer qu’il va rempiler, même s’il n’en dit mot. Le signe par excellence est le sort réservé aux réformes constitutionnelles et institutionnelles de l’Accord politique global (Apg).

Cet accord signé le 20 août 2006 qui reste la référence en matière de compromis politiques en vue d’une résolution de la crise politique au Togo et qui avait recueilli l’adhésion des diverses composantes de la classe politique, recommandait justement que la durée du mandat présidentiel soit revue, et surtout que ce mandat soit limité. C’était une façon de rétablir l’ordre remis en cause par Eyadéma le 31 décembre 2002 en tripatouillant la Constitution togolaise adoptée par référendum en 1992 et en sautant le verrou de la limitation. Ce qui lui avait permis de briguer la magistrature suprême en 2003 avant d’être emporté par la maladie le 5 février 2005. Mais depuis 2006, Faure Gnassingbé ne s’est pas fait violence pour exécuter ces réformes, craignant de se faire hara-kiri. Les réclamations de l’opposition dans ce sens, particulièrement à l’orée des échéances électorales (législatives d’octobre 2007, présidentielle de mars 2010 et législatives de juillet 2013) sont à chaque fois noyées d’une façon ou d’une autre. Et bien inspiré qui pourrait pronostiquer qu’il va s’exécuter à l’orée de la présidentielle de 2015. Car c’est son sort qui est en jeu. Exécuter ces réformes et surtout concéder une application immédiate, comme le réclame l’opposition, pour Faure Gnassingbé, c’est se mettre la corde au cou, s’obstruer le chemin pour continuer son séjour au pouvoir. Et c’est pour se paver la voie à un règne élastique qu’il se refuse d’exécuter ces réformes depuis huit (08) ans. Et en l’état actuel des choses, il bénéficie du tripatouillage opéré par son défunt père qui a sauté le verrou de la limitation de mandat en décembre 2002. Toute candidature de sa part serait interprétée comme constitutionnelle par ses griots, et le tour serait joué.

La communauté internationale va-t-elle le laisser faire ?

Elle occupe une bonne place dans la crise politique togolaise, pas en tant que partie prenante, mais actrice de sa résolution. Le Togo lui doit les apaisements séquentiels du climat politique. Mais l’efficacité de ses interventions est sujette à caution. Vis-à-vis de l’opinion, elles sont beaucoup plus conçues comme du secours apporté à un ami en situation délicate et destiné à sauver le pouvoir de père en fils du pétrin. Bien plus, la communauté internationale s’est portée comme une caution au clan au pouvoir, et avec diplomatie, arrive à faire avaler la couleuvre à l’opposition, à lui faire accepter les simulacres de compromis politiques. Mais elle ne fait pas grand-chose pour l’obliger au respect de ces accords et reste muette devant les manœuvres du pouvoir pour se dérober à ses responsabilités. Toute chose qui donne l’air d’une caution tacite. En matière électorale, il existe des illustrations.

Après une décennie de rupture de sa coopération avec le Togo, suite aux tueries de Fréau Jardin, l’Union européenne tendit la perche au régime du père, en lui faisant signer le 14 avril 2004 vingt-deux (22) engagements parmi lesquels celui d’organiser des élections locales au plus tard dans un an, soit en 2005. On en est en 2014, mais ces élections se font toujours désirer. Bruxelles a-t-elle demandé des comptes? Bien plus, le Prince reste indifférent aux appels de l’opposition demandant l’organisation de ces échéances, ainsi que ceux de l’Union européenne elle-même qui lui a proposé son assistance technique et financière à ces fins.

L’indifférence du pouvoir Faure Gnassingbé aux réformes politiques de l’Apg est l’autre illustration. Et pourtant les partenaires étaient presque garants de cet accord et avaient servi de caution au régime Faure Gnassingbé à l’époque vacillant à cause des conditions de son accession au pouvoir. Pour beaucoup d’observateurs, les pourparlers ayant abouti à cet accord étaient improvisés pour sauver le pouvoir du Fils. Mais les partenaires ne font pas grand-chose pour l’obliger à opérer les réformes très importantes pour la survie de la démocratie au Togo. L’Union européenne semble même domptée par Faure Gnassingbé, et ses injonctions qui autrefois faisaient courir le régime, ne lui font plus peur. La preuve avec les dernières législatives. Elle croyait intimider le pouvoir en place et le pousser à s’exécuter en conditionnant son assistance financière à l’exécution des réformes et des recommandations de ses différentes missions électorales. Mais Faure Gnassingbé a multiplié ces menaces par zéro et trouvé la formule pour la contourner : l’organisation des élections sur fonds propres. La crainte est forte que la même formule ne soit remise à l’occasion de la présidentielle de 2015.

Au regard de la situation, et de cette attitude d’esclave affranchi du pouvoir qui se moque désormais des ordres de son maitre, il est fort à craindre que Faure Gnassingbé défie la communauté internationale et brigue un 3e mandat en 2015. Va-t-elle le laisser faire? Le hic ici c’est que cela ouvrirait une autre ère du Fils, après que le peuple a supporté le Père durant 38 ans sans partage ! Et le risque est qu’un éventuel passage en force de sa part ne fasse des émules du côté de Ouagadougou ou de Cotonou et dope le moral de Blaise Compaoré et de Boni Yayi qui cherchent aussi à rempiler. Ce serait simplement la porte ouverte aux règnes élastiques en Afrique et un « grand bond en arrière ». Et de facto la mort des bonnes vertus démocratiques, comme celles dont fait preuve le président sénégalais Macky Sall qui a choisi de réduire son mandat de 7 à 5 ans, et avec effet immédiat.

Tino Kossi

 
Liberté Togo
 

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