Prison civile de Lomé : Privés de primes, sans protection, sans accompagnement; les agents qui gardent les détenus malades de Covid-19 en appellent à Faure Gnassingbé

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On le sait déjà, la Prison civile de Lomé est le centre de détention ayant enregistré le plus grand nombre de cas confirmés de la Covid-19. Pour prendre en charge les détenus et leur assurer le traitement, ils ont été transférés dans différents endroits dont le Centre hospitalier régional (CHR)-Lomé Commune. Du fait de leur statut de détenus, ils sont placés sous la surveillance de l’administration pénitentiaire. Mais ceux qui sont chargé de cette surveillance se disent victimes d’un système qui les prive de tout.

Depuis le début de la contamination à la Covid-19, des dispositions ont été prises pour assurer un bon fonctionnement de la prise en charge de détenus malades. Les infirmiers et ceux qui préparent à manger pour les malades perçoivent des primes alors que les surveillants de l’administration pénitentiaire (SAP) ne bénéficient d’aucun avantage. « Nous sommes aussi impliqués dans la lutte contre le coronavirus, mais les autres catégories de travailleurs sont mieux traités que nous. Au sein de l’administration pénitentiaire, les cuisiniers bénéficient de primes. Dans toutes les prisons du Togo, les cuisiniers par exemple sont pointés par jour. Mais nous qui sommes en contact avec les détenus testés positifs, nous qui les gardons jusqu’au CHR Lomé Commune, nous n’avons curieusement pas de primes. Nous ne comprenons pas cette discrimination à notre endroit», proteste un agent pénitentiaire.

Ce qui est encore déplorable, quand les détenus sont testés positifs, ils sont mis en quarantaine, mais les surveillants sont abandonnés à leur propre sort. Qui plus est, ils travaillent 24 heures sur 24, sans repos et doivent rester le ventre creux pendant que le personnel de l’administration pénitentiaire et les détenus sont servis à manger. Et quand ils vont chez les bonnes femmes pour payer à manger, elles refusent de leur vendre, tout simplement parce que c’est eux qui gardent les détenus malades de Covid-19.

Cette négligence volontaire a fait l’objet des plaintes des SAP auprès de leur hiérarchie. Le chef corps des SAP a ensuite porté les doléances à la Direction générale qui, après avoir refusé dans un premier temps à donner à manger aux gardiens, ont finalement accepté de leur servir un mets qui est loin de répondre à leurs attentes.  Devant cette situation, une nouvelle demande a été adressée, cette fois-ci, au ministère de tutelle qui a décidé qu’un repas soit accordé aux surveillants de l’administration pénitentiaire pour la surveillance des détenus. « Curieusement, ce sont les repas servis aux détenus qu’ils veulent nous servir aussi. Le chef corps s’est opposé et a demandé qu’on améliore le repas. Pour 88 agents et le personnel de l’administration, on propose 6500 FCFA de poulet ou de poisson par jour », poursuit la source.

Mais à la différence de leurs collègues de l’administration pénitentiaire qui, en plus de la ration bénéficient de primes journalières, les surveillants sont oubliés. Et pourtant, des dons multiformes atterriraient régulièrement à la Prison civile de Lomé. « Normalement, nous devons bénéficier de primes parce qu’on débloque de l’argent pour notre prise en charge. Nous ne savons pas où passe cet argent. Et c’est la même chose depuis une dizaine d’années que nous travaillons au sein de l’administration pénitentiaire. Nous ne bénéficions d’aucune prime, pas même celles de logement ou de transport. Et  depuis  qu’on fait des dons au nom des SAP, nous ne voyons rien de concret. On ne dirait pas que nous sommes aussi des agents de la fonction publique. Nous n’avons même pas de congé », explique notre source.

En effet, les SAP se disent les travailleurs les plus négligés de la Fonction publique dans le cadre de la gestion de la pandémie du coronavirus. En plus du fait qu’ils ne bénéficieraient pas de congé, ils ne peuvent se reposer qu’une seule fois tous les 15 jours. C’est la même situation pour les femmes qui devraient normalement avoir de meilleurs traitements. Des familles seraient même menacées de dislocation à cause de l’absence prolongée des mamans dans leurs foyers. Les SAP se plaignent aussi du fait que depuis le début de la pandémie, leurs déplacements sont payés eux-mêmes. « De leurs domiciles à leurs différents postes à la Cour d’appel, à la prison civile ou encore pour les extractions vers le parquet, l’hôpital ou devant le juge d’instruction, les SAP utilisent leurs propres moyens de déplacement. Mais on ne leur verse aucune prime en retour », indique une autre source.

Il nous revient que depuis le début de la pandémie, seuls cinq agents ont été déclarés positifs. Mais le mal, pour les autres SAP, les résultats des tests effectués ne sont plus communiqués, pas même aux intéressés qui disent tomber régulièrement malades, mais ne bénéficient pas d’une prise en charge. « La situation des SAP était déplorable, mais avec la Covid-19, elle est devenue plus grave encore », conclut notre source qui en appelle à l’intervention de Faure Gnassingbé.

source : G.A. / Liberté Togo

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