Togo : Au Togo, des législatives boycottées par l’opposition

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Dans un contexte de crise politique, les Togolais sont appelés jeudi 20 décembre à choisir leur député. Un rendez-vous boycotté par la principale coalition d’opposition, et fortement critiqué par les autorités religieuses du pays.

C’est l’histoire d’un éternel recommencement. Depuis 1967, date à laquelle Eyadema Gnassingbé a pris le pouvoir au Togo, tous les scrutins ont été remportés par le parti au pouvoir, le RPT (Rassemblement pour le Togo).

À ce jour, 90 % des 8 millions de Togolais n’ont d’ailleurs connu que la famille Gnassingbé au pouvoir. Des victoires répétées et permises par des « irrégularités » dans le processus d’organisation selon la C14 – la coalition des 14 partis politiques d’opposition.

L’appel au boycott

Depuis le début du mois de décembre 2018, la C14 appelle les citoyens togolais à ne pas se rendre aux urnes ce 20 décembre. Au cœur de la contestation de la coalition : la question de la limitation du nombre de mandats présidentiels. La C14 réclame l’arrêt du processus électoral tant que la réforme constitutionnelle limitant le mandat présidentiel n’aura pas été adoptée.

Cette restriction à deux mandats, qui avait été incluse dans la constitution de 1992, avait ensuite été supprimée en 2002. De sorte que le président actuel et fils d’Eyadema, Faure Gnassingbé, a pu se présenter et gagner les présidentielles de 2005, 2010 et 2015.

Parallèlement, la C14 milite aussi pour que le bureau de la Ceni, la Commission électorale nationale indépendante, soit recomposé.

Côté autorités religieuses, la volonté est également de remettre les élections à plus tard. Face la recrudescence de la violence à travers le pays, l’archevêque émérite de Lomé et ancien président de la Conférence nationale souveraine, Monseigneur Philippe Fanoko Kpodzro, a lui-même demandé au gouvernement le report du scrutin législatif.

La « responsabilité » de la Cédéao dénoncée

Également à l’origine de la colère de la coalition, le rôle de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest, (Cédéao). Pour rappel, la Cédéao emmenée par les présidents ghanéen et guinéen avait conseillé au gouvernement togolais d’organiser des élections législatives avant la fin de l’année. Une décision vivement critiquée par l’opposition, qui y voit une « erreur d’appréciation de la situation sociopolitique au Togo ».

Pour Raphaël Kpandé-Adzaré, porte-parole du Front Citoyen Togo Debout (FCTD) dont les propos avaient été rapportés par l’AFP, « la Cédéao est responsable des victimes enregistrées ces derniers jours par sa légèreté et sa complaisance. »

« La majorité des Togolais cultivent une rancune importante envers la Cédéao », analyse Marcel Akonaro, journaliste indépendant togolais. « L’instance avait déjà joué un rôle trouble dans l’élection présidentielle de 2005, qui avait été reportée à l’initiative de l’exécutif puis très critiquée par l’opposition qui dénonçait des fraudes électorales », ajoute-t-il.

Des violences dans tout le pays

Depuis deux semaines, la coalition appelle les Togolais à se rendre aux manifestations qu’elle organise. Dans des vagues de violences sporadiques, au moins quatre personnes – six selon l’opposition – ont été tuées les 8 et 10 décembre lors de rassemblements dans la capitale et des villes du centre du pays. Un climat contestataire également observé dans le nord du pays, autour de la ville de Kantè, où les protestations se multiplient depuis la fin du mois d’août 2018.

Et cette violence pourrait bien être décuplée au fur et à mesure de la journée, et à l’annonce des résultats électoraux. « Beaucoup des jeunes que l’on croise dans la rue affirment qu’ils ont prévu de se faire entendre par tous les moyens en cas de victoire gouvernementale », confie Marcel Akonaro.

Un risque bien compris par le gouvernement, qui a créé la « Force sécurité élection 2018 » pour l’occasion. Une police électorale composée de 8 000 hommes, policiers et gendarmes, qui aura pour rôle de « garantir la liberté de circulation à tous les citoyens » selon l’exécutif.
 
source : Anouk Helft/la-croix.com
 

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