Togo : Les blablateries de Faure Gnassingbé


fauregnasavril2013


C’est le 31 décembre dernier que ses électeurs chéris (sic) s’attendaient à l’entendre leur parler pour la seconde fois de l’année, la première depuis son « plébiscite électoral » du 25 avril 2015. Mais le discours a été reporté au samedi 2 janvier au motif cocasse de rompre avec la routine. Ce samedi, Faure Gnassingbé a enfin parlé. Mais ce n’était que ça. Car s’agissant du fond de son message à la Nation ou discours de vœux, rien, absolument rien à signaler (R.A.S). En langage mondain, on dira : « Tout ça là pour ça ? ».
 
Le message en condensé
 
Comme le veut la tradition, Faure Gnassingbé a formulé à l’endroit des Togolais et des étrangers vivant dans notre pays, « des vœux ardents de santé, de paix profonde et de prospérité », exprimant au passage à l’endroit des populations sa « profonde gratitude pour avoir œuvré à la préservation du climat de paix et de stabilité dans notre pays, consolidant ainsi notre réputation de terre d’accueil ».
 
Entamant le tour de l’actualité, il a cru devoir le faire avec les événements sur la scène internationale, notamment le terrorisme et les attentats vécus par la France et des pays africains qui suscitent « des inquiétudes légitimes en matière de paix et de sécurité », et de « féliciter nos forces de défense et de sécurité qui risquent au quotidien leurs vies, en agissant vaillamment à l’intérieur et à l’extérieur de nos frontières, pour un monde pacifié et plus sûr ». Ce n’est qu’après ça qu’il a abordé l’actualité nationale.
 
Faure Gnassingbé a dit regretter les évènements tragiques qu’a connus le Togo, notamment à Tabligbo et Mango, faisant allusion aux accidents de travail qui ont coûté la vie à des agents togolais à Wacem et consorts et à la répression meurtrière dont ont été victimes les populations de l’Oti les 6, 7 novembre et suite, au nom de la restauration de la faune, et qui ont fauché neuf personnes dont un policier. « Je compatis pleinement à la douleur des familles éplorées et je leur présente mes condoléances les plus attristées », a-t-il tenu à leur exprimer de vive voix, près de deux mois après le massacre.
 
« 2015 (…) fut une belle année, qui a vu notre démocratie en consolidation, faire un saut qualitatif notable, avec des élections présidentielles apaisées, libres et transparentes », a dardé le locuteur du samedi soir, glosant que les Togolais ont fait la preuve de leur « grande maturité, en refusant de céder aux remises en question faciles et aux anathèmes de toutes sortes ». Et il a la ferme conviction que le quinquennat qui a commencé en 2015 sera « porteur de plus d’espérances». Pour le démontrer, il évoque la sécurité, le climat social apaisé qui règne dans notre pays, les derniers chiffres issus des enquêtes spécialisées dites QUIBB 2015 qui concluent à une « réduction sensible de la pauvreté et du chômage, ainsi qu’une amélioration nette de l’accès aux services sociaux de base, notamment l’éducation, l’électricité et l’eau potable ». Autant de raisons d’être optimistes pour les Togolais quant aux perspectives de consolidation de l’économie togolaise et d’amélioration durable des conditions de vie de la population. Pour Faure Gnassingbé, le Togo maintient le cap vers l’émergence, et il évoque les « nombreuses réalisations effectuées depuis une décennie en matière d’infrastructures économique et sociale », l’accroissement du rythme des investissements, entre autres arguments.
 
En termes de perspectives, « Miabé Faure » annonce vaguement de nouvelles étapes dans le processus de reformes politiques et de décentralisation. A l’en croire, « l’année 2016 ne sera pas de tout repos » et le gouvernement se donne pour défi de « construire un Etat fort, prospère, juste, et solidaire ». Et pour finir son « parler parler », il a appelé l’ensemble de la population togolaise à œuvrer pour la réussite du fameux sommet sur la sécurité maritime prévu sous peu à Lomé et qui lui tient tant à cœur.
 
Discours vide d’idées novatrices
 
C’est le commentaire fait de son allocution par un compatriote sur les réseaux sociaux. Tel que dit, c’est peut-être cru et un peu sévère. Mais cette réaction n’exprime pas moins le sentiment général eu par les Togolais après avoir écouté Faure Gnassingbé ce samedi. La plupart ont même regretté avoir « perdu leur temps pour l’écouter ». « C’est pour ça qu’on nous a fait poireauter depuis jeudi ? », assène un concitoyen. Pour faire un peu soft, on dira que le message était superficiel et vide de fond. Tout a l’air d’un réchauffé des précédents discours servis par Faure Gnassingbé, ce sont les mêmes refrains chantés depuis des années, à savoir la sécurité et la paix sociale retrouvées, la construction des infrastructures, patati patata. La brièveté du discours laissait d’ailleurs présager de sa pauvreté en contenu.
 
Nous l’avons relevé, mais cela est peut-être passé inaperçu aux yeux de certains, le Prince de la République a cru devoir débuter son tour de l’actualité avec celle internationale en parlant du terrorisme. Un observateur avisé a tenu à relever cette curiosité made by Faure Gnassingbé : « Comment comprendre qu’un chef d’Etat pense aux autres avant ses propres compatriotes ? Allez chercher les discours des autres présidents du monde, vous ne verrez aucun accorder la primauté à ce qui se passe en dehors des frontières. On fait d’abord le tour de l’actualité nationale (…) C’est la preuve suffisante que le monsieur se fout pas mal des Togolais et est obsédé par l’idée de plaire plus aux décideurs du monde, à cause de son machin de sommet sur la piraterie maritime ».
 
Sur le semblant de bilan de l’année 2015 esquissé samedi soir, il est curieux de constater que Faure Gnassingbé, dans son allocution, n’ait pas cru devoir évoquer l’insécurité grandissante dont sont victimes depuis quelque temps ses compatriotes, avec des braquages quotidiens devenus banals et qui se soldent par des morts de compatriotes. Une situation favorisée par l’inaction des autorités et des forces de sécurité qui entretient un fléau attentatoire à la paix sociale : la vindicte populaire. Depuis le début des braquages, on doit avoir dénombré plusieurs dizaines de malfrats réels ou voleurs présumés passés au supplice du collier. Mais pas un mot là-dessus de la part du premier citoyen. Et c’est à se demander si « Miabé Faure » se sent vraiment chef de l’Etat du Togo.
 
Parlant de la fameuse enquête QUIBB 2015 qui conclurait à la réduction de la pauvreté et à l’amélioration des conditions de vie des populations et qui sert de nouveau trophée au pouvoir, les ménages sont mieux placés pour apprécier. Le plus cocasse, c’est au moment où la vie chère est plus sévère aujourd’hui et tous les produits de premières nécessités se renchérissent sur le marché qu’on allègue cela. Ce n’est que le 24 décembre dernier, après des interpellations tous azimuts et plusieurs mois de chutes records du prix du baril de pétrole sur le marché international que le gouvernement a diminué petitement les prix des produits pétroliers à la pompe.
 
Il faut le souligner une fois de plus, ce message– il y a aussi le folklore de présentation de vœux à lui par les forces vives du pays – n’est nullement une prescription de la Constitution. Ce qui l’est, c’est l’état de la Nation que la Loi fondamentale lui ordonne de faire, en son article 74, devant les députés à l’Assemblée nationale. A titre de comparaison, c’est à ce devoir que s’est plié le 28 décembre dernier son frère et ami béninois Boni Yayi. Mais Faure Gnassingbé n’a jamais cru devoir honorer cette injonction constitutionnelle, prouvant si besoin en était encore, tout son mépris pour la Constitution.
 
Partout au monde, les discours d’amorce de la nouvelle année sont des occasions pour les gouvernants, après un état de la précédente, de prendre de grandes décisions, d’annoncer les défis à relever dans les douze mois à venir. En Côte d’Ivoire par exemple, Alassane Ouattara qui est tout autant loin d’être un parangon de vertu, a décidé de gracier des prisonniers dont des détenus de la crise postélectorale en 2010. Mais son pendant togolais n’a pas cru devoir explorer cette piste, lui qui court derrière une impossible réconciliation depuis des lustres. Même sur des questions d’enjeu abordées comme celle des réformes constitutionnelles, de la décentralisation et des locales, la norme républicaine aurait voulu qu’il annonce un calendrier de ces échéances, comme le requièrent d’ailleurs les partenaires européens ; mais il s’est juste contenté de chanter l’éternel refrain, se réfugiant derrière des propos du genre « Nous devons (…) », « (…) doit » – « (…) Nous devons bâtir des institutions fortes, une administration efficace et efficiente, plus proche et à la hauteur des performances recherchées » ; « Dans le même sens, la lutte que nous avons entamée contre la corruption doit être intensifiée avec méthode et détermination » -, sans s’engager personnellement. Cette allocution n’aura été qu’une occasion de plus de se tisser des lauriers, pendant que ses électeurs chéris (sic) tirent le diable par la tête, que dis-je, la queue…
 
Au demeurant, Faure Gnassingbé aura juste parlé ce samedi, sans rien dire de consistant, sans aucune annonce. « Le président de République vient de parler à son peuple. Qu’est-ce que j’ai retenu de concret ? Quelle annonce pour envisager 2016 avec plus d’optimisme ? La réponse est simple : RIEN. Aucune annonce concrète sur la tenue des élections locales. Aucune annonce sur l’effectivité des réformes institutionnelles et constitutionnelles. Alors que Macky Sall annonce la tenue d’un référendum pour réduire et limiter son mandat, Faure Essozimna Gnassingbé aligne des mots pour ne rien annoncer. Eh oui, ici c’est Togo !!! Des mots, rien que des mots », telle est la réaction d’André Afanou, le Directeur exécutif du Collectif des associations contre l’impunité au Togo (Cacit), sur sa page Facebook. No comment.
 
Source : [04/01/2016] Tino Kossi, Liberté N°2102 /27avril.com
 

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