Togo / Fourberie gouvernementale : Quand un pouvoir violateur des accords se prévaut d’un règlement intérieur

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Brigitte Adjamagbo


La coalition des 14 partis politiques de l’opposition avaient annoncé des marches de protestation les 20, 21, 22 et 24 mars. Ces manifestations sont reportées une fois déjà sur demande du facilitateur ghanéen Nana Akuffo-Addo pour plaider l’arrêt du processus électoral en cours. La coalition avait introduit le courrier au ministère de l’Administration Territoriale, de la Décentralisation et des Collectivités Locales en attendant la réaction du Président ghanéen.
Et pendant que la Coalition est toujours dans l’attente, elle s’est vu notifier par un courrier en date du 16 mars, un refus de manifestations sur prétexte que cela violerait le règlement intérieur du dialogue ouvert le 19 février dernier à Lomé. « Etant donné donc que le dialogue se poursuit, nous estimons qu’il n’est pas opportun d’organiser des manifestations alors même que le facilitateur préconise la suspension desdites manifestations », écrit le ministre Payadowa Boukpessi qui indique que le gouvernement, « très attaché au règlement de la situation politique de notre pays se sentirait complice d’une violation des recommandations du dialogue et de la facilitation » s’il laissait de « telles manifestations avoir lieu ».
Des discussions entre le gouvernement et une délégation de la coalition des 14 partis de l’opposition conduite par Antoine Folly, ont eu lieu le 14 mars dernier, fait savoir M. Boukpessi. Les échanges selon lui, ont porté sur l’opportunité de l’organisation des manifestations de rue alors que le dialogue est en cours. La délégation de la coalition, insiste le ministre de l’Administration territoriale, a reconnu la « pertinence des points soulevés » et laissé entendre que la lettre d’information de manifestations était une demande « administrative à caractère conservatoire ».
« En conséquence de tout ce qui précède et étant donné que la mesure relative à la suspension des manifestations durant le dialogue reste en vigueur, les marches programmées, objet de votre lettre sus référencée ne peuvent pas avoir lieu en cette période où nous attendons tous, la poursuite des discussions en vue de la normalisation de la situation politiques togolaise par voie de dialogue (sic) », informe le ministre Payadowa Boukpessi.
La Coordinatrice de la Coalition Mme Brigitte Adjamagbo Johnson n’en croyait pas à ses yeux. C’est une décision qui n’émeut pas la C14. « Le régime n’est pas apte à diriger une société démocratique, nous ne tiendrons pas compte de ce qu’il est en train de dire. Il n’a pas le droit. Ce n’est pas à lui de déterminer quand est-ce qu’il faut marcher. C’est à nous de juger de l’opportunité de marcher et de rompre ainsi l’engagement de la suspension des manifestations de rue. Il n’appartient pas à un ministre de l’intérieur de nous dire cela. C’est à nous de la dire et de décider. Nous considérons que ce que le ministre a fait n’engage que lui. Il vient de montrer qu’il incarne un régime dictatorial » a-t-elle dénoncé. Pour elle, la tenue des manifestations dépendra de la réponse de la facilitation par rapport aux inquiétudes de la coalition en l’occurrence, la réalisation à minima des mesures d’apaisement et la poursuite unilatérale du processus électoral.
Certains observateurs, se demandent entre la coalition et le gouvernement qui a manqué effectivement de considération et de respect à la facilitation quand on sait que l’engagement solennel de libérer au moins les 45 personnes détenues n’a jamais été réalisé tout comme la levée de l’état de siège à Sokodé, Bafilo et Mango et la poursuite unilatérale du processus électoral. Même les expéditions punitives continuent de plus belle à travers le pays. Au final, il s’agit d’un pouvoir violateur des accords qui se prévaut d’un règlement intérieur dont il a été le premier à pétiner.
 
Kokou AGBEMEBIO
 
source : Le Correcteur
 

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