Togo : Francis Perez du groupe Pefaco et son hôtel fantomatique à Lomé


Le groupe Pefaco, créé en 1995 par Francis Perez et Olivier Cauro, leader des jeux et loisirs en Afrique connu sous sa marque de Lydia Ludic mais présent aussi dans l’hôtellerie, est sous les projecteurs en France depuis quelques jours à la faveur d’une enquête diligentée depuis deux ans pour corruption dans la concession des ports de Lomé et Conakry.
 
pefaco


Le vendredi 8 avril, alors que Vincent Bolloré était sur ses terres en Brétagne, le siège de sa société Bolloré Africa Logistics à Puteaux ( France ) a été passé au peigne fin par les policiers de l’Office central de la lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales (OCLCLIFF). Une perquisition sur commission rogatoire des juges d’instructions Serge Tournaire et Aude Buresi dans le cadre d’une enquête pour corruption d’agent public étranger dans l’obtention des contrats dans les ports de Lomé et Conakry.
 
Le groupe Bolloré du sulfureux breton est fortement soupçonné d’avoir obtenu les concessions des ports de Lomé et Conakry d’une façon douteuse. Les investigations ont permis à l’Office de lutte contre la corruption et les infractions financières de remonter à Jean- Philipe Dorent, un cadre de la société, dirigeant de Havas, l’autre puissante société de communication au service des campagnes électorales de certains dictateurs en Afrique.
 
Il apparaît au fil des enquêtes que le fameux Jean-Philipe Dorent entretenait d’excellentes relations avec Francis Perez, Président du groupe Pefaco, un très proche de Faure Gnassingbé du Togo et d’Alpha Condé de la Guinée. La probabilité que Bolloré ait obtenu des facilitations dans l’obtention des marchés sur les gestion des ports de Lomé et de Conakry par l’entremise de sa société de communication Havas et de Francis Perez du groupe Pefaco a été l’un des éléments déterminants.
 
Francis Perez, parlons en puisque cela fait plus de 6 ans qu’il est au cœur d’un interminable projet de construction d’un complexe hôtelier à Lomé qui frise une escroquerie d’Etat.
 
Février 2010, à quelques semaines de l’élection présidentielle, Faure Gnassingbé et Francis Perez, main dans la main, lancent, en grande pompe, les travaux d’un vaste complexe hôtelier 5 étoiles piloté par la filiale togolaise du groupe Pefaco, Société d’Exploitation Hôtelière du Togo (SODEXH-Togo). Ce projet, selon ses promoteurs, comprend un hôtel 5 étoiles avec 162 chambres, une salle de conférence de 1500 places, 36 bungalows et deux piscines. Les travaux démarrés en octobre devraient durer 24 mois.
 
Francis Perez très enthousiaste s’est fendu à l’époque d’une déclaration optimiste : « C’est pour nous un vrai challenge. L’appui du président de la République et de son gouvernement a été un signe fort pour mener à bien le chantier dans les meilleurs délais. Il est indispensable que Lomé dispose d’équipements hôteliers de luxe pour relancer le tourisme d’affaires et satisfaire une clientèle business de plus en plus nombreuse à revenir au Togo. Enfin, cette activité est créatrice d’emplois. Nous formerons et nous engagerons des jeunes ».
 
Selon des sources qui ont requis l’anonymat, Faure Gnassingbé est fortement impliqué dans ce projet. Fort de ce soutien dont personne ne connait les vrais dessous, le groupe Pefaco a soumis le financement du projet à quelques banques de la place. La BOAD pour un financement de 5 milliards de francs CFA, la BIDC pour le même montant, la BIA pour un milliard de francs CFA, la BSIC pour 500 millions de francs CFA. Le promoteur s’est engagé à apporter 8 milliards de franc CFA, encore faut-il s’assurer de la véracité de cette promesse. Les travaux démarrent, la BIA et la BSIC libèrent la totalité des fonds promis. La BOAD a mis à disposition 1 milliard 334 millions sur les 5 milliards promis.
 
Quelques mois plus tard, l’exécution des travaux marque le pas, le sieur Francis Perez est de moins en moins visible à Lomé. Les ouvriers engagés sur le chantier sont devenus des désœuvrés, certains ont été remerciés. Les médias à Lomé s’emparent de cet énième scandale. Acculé, le groupe Pefaco fait une mise au point en mai 2013 publié, par l’agence Savoir News en ces termes: «Les travaux proprement dits de construction dudit complexe confiés à l’entreprise chinoise C.G.C ont effectivement démarré le 25 novembre 2010, date à laquelle a été donné le premier coup de pioche.
 
Mais, malheureusement, ceux-ci ont été ralentis par l’apparition à l’exécution des travaux d’anomalies non prises en compte par l’étude géotechnique du site devant abriter une partie du complexe hôtelier. En effet, les résultats issus des études réalisées par le laboratoire géotechnique ivoirien LABOGEM ont été jugés incomplets par le maître d’œuvre (Le bureau d’Etude espagnol BACH et ASSOCIATS) et, donc ne permettant pas en l’état de poursuivre les travaux pour le dimensionnement des ouvrages. De ce fait, au début du mois de juin 2011, le bureau de contrôle SOCOTEC a exigé, avant le démarrage des travaux de fondation de l’hôtel et de la salle de conférences, une étude géotechnique complémentaire du site pouvant permettre de corriger les anomalies constatées et d’aller de l’avant.
 
C’est ainsi qu’une première étude a été commandée à LNBTP (Laboratoire National de Bâtiments et Travaux publics du Togo), au début du mois de juin 2011; une seconde étude a été confiée à un laboratoire de renommée internationale, TERRASOL France, qui a réalisé des travaux géotechniques complets de la zone de l’hôtel et la salle de conférences, avec la collaboration du laboratoire géotechnique togolais GEOTECH. Les résultats issus de cette nouvelle étude géotechnique réalisée au début du mois d’août 2011 ont permis au Bureau d’étude de recalculer les fondations de l’hôtel et de la salle de conférences.
 
Ainsi les fondations de l’hôtel et de la salle de conférences qui étaient prévues initialement en semelles isolées sont passées à un système de radier général de 7000m2 d’emprise et 90 cm d’épaisseur, ancré à 2,50 m de profondeur, par rapport au terrain naturel. Pour ce faire, il a fallu rabattre la nappe phréatique, qui était à 50 cm du sol à une profondeur de plus 3 m, grâce à un système de rabattement de la nappe par 60 puits de 10 m de profondeur chacun, lequel système fonctionne 24h/24h depuis 10 mois.
 
Et c’est sur ce radier que vont être construits l’hôtel ainsi que le centre de conférences. Il faut mentionner que, pour protéger ce radier et les voiles périphériques de l’infiltration des eaux souterraines, il a été mis en place un complexe d’étanchéité, validé par SOCOTEC. C’est le lieu d’évoquer l’importance de la mission de SOCOTEC qui consiste à effectuer des contrôles techniques. Il assure à ce titre le contrôle de conformité de tous les matériaux utilisés sur le chantier et la vérification des plans et des travaux exécutés par l’entreprise. En attendant de résoudre le problème de l’étude du sol et pour que les travaux ne soient pas complètement bloqués, le bureau de contrôle (SOCOTEC) et le bureau d’étude ( BACH et ASSOCIATS), en commun accord avec le maitre d’ouvrage (SODEXH-TOGO), ont demandé à l’entreprise CGC, qui avait mobilisé d’importants moyens humains et matériels sur le terrain, d’exécuter les travaux de construction des bungalows, d’une piscine, du sous-sol de l’hôtel et de la salle de conférence sont complètement achevés. Quant aux travaux de fluides, notamment ceux concernant l’électricité et la plomberie, ils sont en cours. En conclusion, SODEXH-TOGO dément formellement les rumeurs qui circulent autour de ce projet ».
 
C’est donc par ces contorsions syntaxiques et indigestes que le groupe PEFACO à bâti sa défense. Ainsi à la lecture de cette mise au point publiée le 5 avril 2013, Francis Perez et ses amis présentés comme des professionnels dans l’investissement hôtelier tentent de faire croire à l’opinion qu’ils se sont engagés dans une aventure sans aucune assurance de la véracité des études géotechniques. Les trois milliards débloqués par la BSIC, la BIA et la BOAD n’ont certainement pas servi à grand chose, s’ils n’ont pas fini leur course dans une roulette casino (sic). De la date de parution de ce communiqué à ce jour, le constat est toujours le même : le chantier du fameux hôtel de Francis Perez n’a guère évolué.
 
Les deux bâtiments qui sont sortis de terre donnent l’image d’un camp de concentration nazi. Rien de nouveau sous le soleil et aucune nouvelle du promoteur, et particulièrement de son investissement personnel évalué à 8 milliards. Pour un chantier qui devait prendre fin en 2012, soit 24 mois de travaux, nous en sommes à 6 ans de retard; pire, aucune assurance sur la fin des travaux.
 
Ce scandale de plus se joue sous la bienveillance des autorités togolaises dont la connivence, la collusion et surtout la complicité avec ces arnaqueurs ne sont plus à démontrer. Même les institutions investies des pouvoir de contrôle de l’action gouvernementale sont totalement muettes. Pendant que Francis Perez se la coule douce dans son Barcelone natal, après avoir encaissé les premiers fonds au Togo, son projet d’hôtel fantomatique continue de trôner à la plage de Lomé, en contraste avec le luxueux et imposant immeuble d’ECOBANK. Antoine Glazer a vu juste lorsqu’il déclare que pour Bolloré, l’Afrique est un jackpot, autant dire un casino à ciel ouvert où l’argent des Africains sert à la distraction. Vive Bolloré et ses valets tropicaux pour vive le pillage des richesses de l’Afrique.
 
Ferdi-Nando
L’ALTERNATIVE
 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Welcome Back!

Login to your account below

Retrieve your password

Please enter your username or email address to reset your password.

Aller à la barre d’outils