Togo : L’enfer, c’est les autres


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« Les malheurs des autres nous sont indifférents, à moins qu’ils ne nous fassent plaisir » (Jules Renard)
 
L’article 497 introduit dans le nouveau code pénal qui punit les journalistes togolais de sévères peines de prison et de fortes sommes d’amende pour publication de fausses informations, adopté par l’Assemblée nationale ou plutôt les députés du régime cinquantenaire RPT/UNIR a suscité l’indignation de tous ceux qui sont épris de liberté. Cette disposition qui consacre un véritable recul de la liberté de presse au Togo a été unanimement condamnée par les partis politiques, les organisations de la société civile, les organisations de presse et les journalistes ; enfin, pas tous.
 
C’était d’autant plus scandaleux que la liberté de presse a été concédée par Gnassingbé Eyadema, l’un des pires dictateurs que l’Afrique ait connus et c’est son fils Faure Gnassingbé qu’on dit avoir fréquenté de prestigieuses universités en occident et qui se bardait du titre de « démocrate » lorsqu’il avait succédé à son géniteur au pouvoir qui remet en cause les avancées du code de la presse et de la communication salué comme l’un des textes les plus libéraux de la sous-région. En clair, Faure Gnassingbé, lui, est déterminé à envoyer des journalistes en prison.
 
« Bien que le Code de la presse offre un cadre plus permissif, le recours aux dispositions du Code pénal pour sanctionner des journalistes enquêtant notamment sur des cas de corruption demeure dissuasif : compte tenu des conditions précaires dans lesquelles les journalistes exercent leur activité, la menace d’une condamnation pénale assortie de lourdes peines d’amendes n’encourage pas à la prise de risque », déplorait déjà la Mission d’expertise électorale de l’Union Européenne dans son rapport sur la présidentielle du 25 avril 2015.
 
Cette fois, le pouvoir contourne carrément le code de la presse pour se rabattre sur le code pénal tout répressif qui empêche toute prise de risque de la part de nous, journalistes. Et rebonjour la corruption et les détournements des deniers publics qui sont les choses les mieux partagées dans le sérail que Faure Gnassingbé lui-même semble dénoncer en 2012 quand il confessait qu’une minorité a accaparé toutes les richesses du pays.
 
Il se trouve malheureusement des journalistes, parce que bénéficiant de la couverture du régime en place, qui ont applaudi ce code pénal liberticide et antidémocratique. Comme pour dire que l’enfer, c’est les autres.
 
Le 12 novembre, des organisations professionnelles des médias avaient exprimé leur préoccupation par rapport à l’article 497 et sollicité Faure Gnassingbé à « user de son pouvoir de premier magistrat et faire usage de son autorité pour demander une relecture de cette loi en vue de la rendre conforme au code de la presse et de la communication du Togo ». Mais c’était sans compter avec l’une des organisations notamment le CONAPP qui s’est désolidarisé de cette démarche au motif qu’il n’a pas été « associé à ce communiqué ».
 
Les organisations auraient projeté une manifestation de rue que cette réaction peut se comprendre. Mais en quoi le fait d’inviter chef de l’Etat à ne pas promulguer ce code pénal peut-il gêner autant cette organisation de presse ?
 
Il nous souvient qu’au temps fort de la crise en Côte d’Ivoire, le régime de Laurent Gbagbo avait pris des lois liberticides contre des médias ivoiriens. Etaient visés, les journalistes pro-Alassane Ouattara. Mais quand le régime Gbagbo a été renversé, ces lois se sont retournées contre les journalistes proches de Gbagbo. Un effet boomerang qui devrait servir de leçon chez nous. Peut-être qu’ici, on se berce dans l’illusion que le régime de Faure Gnassingbé sera éternel.
 
Source : [23/11/2015] Médard Amétépé, Liberté / 27avril.com
 

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