Togo, « Menace terroriste » et Insécurité : Les « gens d’en haut », protégés. Les « gens d’en bas », on s’en fout !


Caricature : Donisen Donald / Liberté
Caricature : Donisen Donald / Liberté


Avec la multiplicité des attentats depuis Paris le 13 novembre 2015, la menace terroriste est réelle et devenue sérieuse. Après Bamako le 20 novembre, les attaques terroristes subies par Ouagadougou il y a une semaine ont fini de convaincre tous les pays africains que personne n’est à l’abri.
 
La psychose est palpable et dans des pays, les gouvernants essaient de prendre des mesures pour se prémunir contre le danger. C’est aussi le cas au Togo où les autorités sécuritaires ont pris un certain nombre de dispositions. Mais ici, comme on sait choisir ses priorités (sic), on a préféré protéger les grands hôtels et leurs clients seuls. La plèbe, elle, est abandonnée.
 
Sécurité maximale pour les grands hôtels
 
Devant l’ampleur de la menace que représente aujourd’hui le terrorisme, chaque Etat se bouge pour prendre des dispositions de prévention. Au Togo, les autorités ont choisi de renforcer la sécurité des grands hôtels de Lomé. Sans doute que cette mesure est consécutive aux leçons tirées des attentats de Bamako au Mali et de Ouagadougou au Burkina Faso qui ont eu lieu dans des hôtels de renom ou fréquentés par une clientèle étrangère, le Radisson Blu et le Splendid Hôtel.
 
Ainsi depuis ce début de semaine, les dispositifs sécuritaires sont renforcés devant les grands hôtels de la capitale togolaise. Des agents de la Police ou de la Gendarmerie sont visibles devant ces infrastructures et procèdent à des fouilles minutieuses des personnes et des véhicules avant tout accès. A défaut des forces de l’ordre et de sécurité, ce sont des vigiles qui prestent. Parfois des patrouilles sont organisées autour de ces lieux.
 
C’est le titre fait par republicoftogo qui exprime le mieux la situation : « Les grands hôtels de Lomé se bunkerisent ».
 
« Les grands hôtels de Lomé se bunkerisent. La vigilance est de mise dans un contexte tendu. Après les attentats qui ont frappé Bamako (Mali) et Ouagadougou (Burkina Faso), les autorités togolaises ont décidé de renforcer la sécurité autour des grands hôtels de Lomé. Des patrouilles de police et de gendarmerie surveillent les bâtiments et des gardes de sécurité privée inspectent les véhicules et les visiteurs à l’entrée des hôtels Sarakawa, Onomo et Ibis », rapporte le confrère.
 
Les petits hôtels et autres lieux publics négligés
 
On ignore sur quels critères est faite la classification, mais tout ce qu’il convient de retenir, c’est que les « petits hôtels », eux, ne bénéficient pas de ce renforcement de sécurité relatif à la menace terroriste. On peut donc toujours y accéder comme on va au moulin du quartier. Pas de corps habillés ou de vigiles pour fouiller qui que ce soit. Le site mégaphone du pouvoir a peut-être déjà tout expliqué, avec une bonne dose de cynisme : « Les petits établissements ont moins à craindre de terroristes qui visent en priorité les lieux fréquentés par les étrangers ».
 
A Paris, les terroristes avaient voulu accéder au Stade Saint-Denis où l’équipe de France de football, Les Bleus, livrait ce 13 novembre un match amical contre la sélection allemande, la Mannschaft et qui, pour l’occasion, avait fait le plein. Et c’est le dispositif sécuritaire qui les en avait dissuadés, et ils ont orienté leurs regards sur le Bataclan où avaient lieu des spectacles auxquels assistaient des centaines de personnes. Tout ce détour pour relever que ce sont simplement les lieux publics que visent les extrémistes. Dans certains pays, la plupart des attaques kamikazes ont lieu dans les églises.
 
Tout ce détour pour mettre en relief que la préoccupation des terroristes, c’est de tuer le maximum de gens possibles. Et au-delà des hôtels qui sont visiblement leurs cibles privilégiées ces derniers temps, ce sont globalement les lieux publics ou d’affluence qu’ils visent. Aucune attention n’est malheureusement portée sur eux par les autorités togolaises.
 
Parlant de lieux publics, il y a les églises et autres endroits de culte qui sont remplie d’habitude les dimanches à Lomé, le grand-marché d’Adawlato ou simplement les marchés, les lieux de spectacle à l’instar du Palais des congrès, de distraction où se retrouve le commun des citoyens pour passer de bons moments. Mais ils ne bénéficient nullement de la même attention des autorités sécuritaires. Pas même de patrouilles dissuasives de corps habillés.
 
Un deux poids deux mesures ostentatoire
 
Ce n’est un secret pour personne, le RPT/UNIR est un régime de discrimination qui aime privilégier les intérêts d’un groupuscule de personnes au détriment de ceux de la grande majorité. Dans le cas de la menace terroriste, c’est tout le monde en réalité qui est la cible des terroristes. Mais le pouvoir préfère protéger les clients des grands hôtels de Lomé, pour la plupart des touristes, des étrangers – un petit check-up de la clientèle de ces infrastructures hôtelières permet de s’en rendre compte – ou simplement les âmes bien nées ou « les gens d’en haut».
 
Faut-il le rappeler, dans le cadre de la protection contre d’éventuels actes terroristes, les autorités ont renforcé l’accès à la Résidence de la Caisse, le quartier huppé de la capitale occupé par les pontes du pouvoir, par la présentation d’un badge. Le commun des Togolais ou « les gens d’en bas », eux, peuvent mourir. Ils sont en tout cas livrés à eux-mêmes.
 
Le deux poids deux mesures est un réflexe sous Faure Gnassingbé. On ne saurait être moins scandalisé lorsqu’on se rappelle la (ou le manque de) réaction des autorités face à la problématique de l’insécurité généralisée à Lomé. Les vols à mains armées étaient devenus entre-temps banals dans la capitale – aujourd’hui il semble y avoir un répit – et chaque nuit avec son lot de braquages qui se soldent souvent par mort d’hommes.
 
Les appels au secours des populations n’avaient aucun écho chez les autorités chargées de la sécurité des citoyens. Devant la situation d’abandon, les populations étaient obligées de se faire justice en brûlant les malfrats appréhendés. Dieu soit loué que le pouvoir ait réagi aussi promptement s’agissant de la menace terroriste.
 
Mais il choisit malheureusement de protéger les clients des grands hôtels qui sont généralement des étrangers, bref les « grands quelqu’un ». Selon les indiscrétions, une barricade serait même dressée devant l’hôtel où le blanco érudit des contorsions juridiques autour du Prince – suivez les regards – irait prendre sa bière chaque soir. Les « électeurs chéris » de Faure Gnassingbé, eux, peuvent mourir.
 
Ces mesures seront-elles efficaces pour dissuader les terroristes ? C’est une autre paire de manches. Cette discrimination ostentatoire fait gerber des citoyens.
 
« Barricades ou pas barricades, ces terroristes d’Allah sont des kamikazes. Les barricades vont plutôt attirer leur attention qu’il y a quelque chose d’important là-bas. J’accuse Faure Gnassingbé d’avoir inclus le Togo dans ce groupe de contre-terroristes », peste un compatriote sur la toile.
 
Un autre renchérit : « S’il suffisait de dresser des barricades ou de prendre des décisions administratives pour arrêter les jihadistes, l’Europe et les États-Unis d’Amérique seraient déjà tranquilles. On ne combat pas une idéologie fanatisante par des moyens physiques ou militaires. C’est par l’enseignement de masse. Il faut développer une contre-idéologie et l’enseigner massivement. Il faut vraiment montrer aux convaincus du jihadisme comment on se sert des failles d’interprétation des textes sacrés pour commettre des atrocités. Le terrorisme pour moi est le pire des malheurs. On ne connait ni ses vraies motivations ni les formes de ses exactions. Nul n’est à l’abri du terrorisme. Il faut prier Dieu de nous protéger ».
 
Il faut vraiment pour les Togolais « d’en bas » de se remettre à Dieu.
 
Source : [25/01/2016] Tino Kossi, Liberté / 27avril.com
 

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