Togo : Le ministre des Infrastructures et des Transports, Ninsao Gnofam est l’exemple même de l’enrichissement illicite injustifié

« [ Il faut ] Aller au-delà du débarquement [ du gouvernerment ] et exiger des comptes » – Abbé Faria

 
Il n’y a aucune satisfaction à tirer de l’éviction du gouvernement de certains citoyens sur lesquels pèsent d’énormes soupçons de malversations. Rechercher la justification de leurs richesses doit être la chose la mieux partagée dans un pays en quête de reconnaissance, et qui plus est, endetté comme s’il n’a jamais bénéficié d’allègement de sa dette.
 
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Après le cas Ayassor qui n’a encore rien montré de la disponibilité des autorités à endiguer la mal gouvernance, un pan sur le représentant d’une autorité contractante qui a eu le toupet de déclarer devant des élus du peuple : « Ceco a utilisé les fonds pour réaliser les travaux mais aussi pour s’équiper. Il faut reconnaître que l’entreprise a mal apprécié l’ampleur du chantier », nous avons nommé Ninsao Gnofam, actuel ministre des Infrastructures des Transports. Les centaines de milliards de marchés qui font croire que le pays tend à changer de visage ne méritent-ils pas une petite expertise ?
 
La semaine dernière a vu un colosse –financièrement parlant- éjecté du gouvernement. L’euphorie a rapidement donné place à la lucidité. « Et ensuite ? », se demandent beaucoup. Parce que s’il ne devrait s’agir que de débarquer un « terroriste financier » pour ensuite passer à autre chose, à quoi bon ? C’est dans le souci d’afficher l’insolente richesse dans laquelle baigne la minorité du pouvoir, malgré la situation économique du Togo, que nous voulons prendre à témoin les citoyens togolais sur un autre cas qui heurte la conscience des hommes intègres, nous avons nommé le cas Ninsao Gnofam.
 
Le 15 septembre 2008, le natif de Binaparba fit son entrée au gouvernement de Gilbert Fossoun Houngbo comme ministre de la Fonction Publique, de la Réforme administrative et des Relations avec les Institutions de la République. Le 28 mai 2010, il atterrit au ministère des Transports. Deux ans plus tard, l’homme s’est vu confier le ministère des Travaux Publics. On était fin juillet 2012 et un peu plus d’un an plus tard, soit le 17 septembre 2013, Ninsao Gnofam s’est vu attribuer le ministère des Travaux Publics et des Transports. L’arrivée du Premier ministre Selom Klassou a juste vu une édulcoration du poste qui prend une nouvelle appellation : Infrastructures et Transports. Mais « aux âmes bien peu scrupuleuses, la valeur n’attend point le nombre des années ». Même si l’homme était un employé de banque à l’ex-Banque togolaise de développement (BTD) avant d’atterrir au sein de l’exécutif du Togo, ses réalisations immobilières et matérielles frisent la magie.
 
Dans son village à Binaparba, il a construit une demeure qui s’étend sur au moins deux lots, pourvue d’une installation solaire au-dessus du garage et qui lui évite de séjourner dans l’obscurité les week-ends où il débarque, le courant électrique n’étant pas encore arrivé dans le village. Bien qu’étant bâtie dans un coin reculé du Togo, il faut s’aventurer dans la demeure pour comprendre certaines réalités.
 
Avant d’arriver à Binaparba, il faut traverser Bassar. Un pied à terre dans cette ville ? Pourquoi pas, se serait dit Ninsao Gnofam. Une bâtisse difficilement cachée par des pleureuses et autres arbres se dresse dans le ciel de la ville, avec des murs surplombés de barbelés qui découragent même les voleurs les plus téméraires. A son allure, elle n’a rien à envier aux constructions de la Cité OUA à Lomé. Pour quelqu’un qui aime à dire qu’il est venu au gouvernement « pour se faire », on ne peut pas dire qu’il perd son temps dans des détails.
 
Dans la capitale, il y a la demeure dans laquelle ses enfants, de retour de Paris, du Canada et d’ailleurs, séjournent. Située dans le quartier Agoè derrière la nouvelle Gendarmerie, cette autre demeure du ministre Ninsao Gnofam a de quoi faire pâlir d’envie même les nantis, et elle redevient vide après le départ de sa progéniture. Collée à cette maison, il y a une habitation moins cossue, peinte en jaune et qui abrite deux hangars avec de larges portails. Les indiscrétions disent que c’est une maison spécialement louée pour abriter…ses voitures ! Et pourtant, la demeure où séjournent ses enfants est aussi pourvue de garage, tout comme la maison où il vit de corps, située elle aussi dans le même quartier et qui a la même allure que celle « de ses enfants ».
 
Il nous revient qu’un jour, le ministre serait allé informer le chef de l’Etat d’un projet de construction d’un hôtel avec sa femme qui aurait contracté un prêt de 25 millions de FCFA. Une façon de se justifier plus tard lorsque le pot-aux-roses sera découvert…Mais l’homme a omis d’ajouter par exemple que sous le prête-nom de sa fille Boukompo Emilie Gnofam, la famille a aussi acheté des actions dans l’entreprise Wacem.
 
Du parc automobile, parlons-en ! 5 véhicules tout-terrain, une voiture de commandement qu’il ne sort que les dimanches pour aller à l’église. Sa femme dispose de deux voitures, mais on apprend que ce sont en tout une dizaine de voitures haut de gamme qui seraient la propriété des Gnofam. Il y a quelques jours, il a acquis une voiture pick-up double cabines qu’un camion remorqueur est venu déposer devant cette maison. Et pour brouiller les pistes, il y aurait mis la plaque minéralogique portant « Série AN ».
 
L’objectif ici est de juste montrer ce que seraient les différents comptes bancaires d’un ministre qui peut collectionner autant d’immeubles et de voitures en si peu de temps. Lorsque des relations incestueuses se mêlent des relations professionnelles, c’est la qualité des ouvrages publics qui s’en trouve affectée.
 
Le Guichet unique pour le commerce extérieur (GUCE), serait une des victimes de la boulimie du ministre lors de son installation. Il nous est revenu que trois ministres devraient apposer leurs signatures pour parapher le contrat qui devrait lier cette société au Togo. L’une des ministres, ignorant tout de ce que valaient les signatures de ses deux autres collègues, se serait hâtée pour faire sa part et s’impatienterait. Mais les informations disent que pour des raisons que chacun pourrait aisément deviner, elle n’a pas rapporté l’incident au chef de l’Etat, parce qu’entre-temps, le milliard de FCFA aurait été déboursé contre les deux autres signatures.
 
En novembre 2011, un procès verbal n°1103/MTPT/CAB/PRMP/CGMP portant sur l’attribution définitive de quelques marchés, en date du 09 novembre 2013 signé du responsable des Marchés Publics au ministère des Travaux Publics, a désigné les entreprises prestataires. La route nationale n° 4 (Tsévié – Tabligbo) longue de 42,5 km par CHAABANE/GER pour 21.906.699.946 FCFA ; la route n°34 (Lomé – Vogan – Anfoin) distante de 61 km attribuée à CDE/CECO BTP pour un montant de 26.904.638.869 F CFA au lieu d’un devis de 36.177.762.927 FCFA proposé par l’entreprise soumissionnaire ; la route nationale n°15 (Témédja – Badou + bretelle de Kougnohou), longue de 94 km attribuée à l’entreprise SOGEA/SATOM pour 36.400.173.697 FCFA sur un devis de 37.067.379.500 FCFA ; et la route nationale n°16 longue de 50 km est revenue au couple d’entreprises ADEOTI/CENTRO pour un montant de 14.675.412.011 FCFA au lieu d’un devis de 21.145.616.980 F. Et la liste est loin d’être finie.
 
Or, au moment où le choix se portait sur ces entreprises, Ninsao Gnofam n’était pas au ministère des Travaux Publics, mais bien aux Transports. Mais il a réussi à s’illustrer dans le scandale de la route Lomé-Vogan-Anfoin.
 
Les mensonges du ministre des Transports et des Infrastructures sont aussi une preuve de sa collusion avec ses « vaches à lait ». Dans la réfection de la voie Lomé-Vogan-Anfoin, il avait affirmé du haut de sa fonction que l’entreprise était à 35% d’avancement dans les travaux. Nous étions en cours d’année 2014. Mais lorsque nous nous sommes transportés sur le terrain pour toucher du doigt la réalité en avril 2016, ce sont moins de 10 km de route qui ont été effectivement refaits, à notre grand étonnement. Il nous revient que chaque fin d’année, le PDG de CECO fait déposer un container de riz au domicile du ministre Gnofam qui en dispose à sa guise. Il y a des « cadeaux » dont la valeur dépasse le stade des cadeaux et frise l’achat de conscience.
 
Interpellé par les députés sur l’état d’abandon de la voie sus-citée, le ministre dont le rôle est de faire passer les intérêts publics avant l’intérêt d’une société, s’était permis la phrase suivante : « Si nous résilions le contrat, comment allons-nous faire pour récupérer l’argent qui lui a été versé ? » Et les députés ont avalé cette façon de gérer les fonds publics. Qu’aurait-il répondu si les députés lui avaient demandé les raisons pour lesquelles il se soucie plus de l’insolvabilité de Ceco plutôt que de l’obligation qu’à cette entreprise à honorer ses engagements ? « Une chose est sûre, c’est que le gouvernement fera tout pour que la route soit finie d’ici la fin de l’année 2016 », affirmait-il.
 
Voilà encore un autre mensonge de Ninsao Gnofam. Nous bouclons la première semaine d’août, mais il faut s’aventurer sur la voie qui donne des insomnies au ministre, pour réaliser toute la liberté qu’il prend à mentir. Moins de 5 mois pour finir cette voie par une entreprise qui a tous les problèmes du monde à se faire un nom à l’international, il faut croire que le ministre méconnaît la valeur de la parole donnée.
 
Quelles que soient les relations qui lient Faure Gnassingbé à Ninsao Gnofam et Adji Otèth Ayassor, il serait économiquement incorrect que ces deux ministres ne soient pas soumis à une reddition de comptes. Certainement qu’il aurait une petite pensée sur eux lorsqu’il déclarait le 26 avril 2012 qu’« une minorité a accaparé les richesses du pays ». Le geste le plus élémentaire que doit poser Faure Gnassingbé serait de faire fonctionner effectivement « sa Haute Autorité de lutte contre la corruption et le sabotage économique ». Ceci aura l’effet de faire réfléchir les prochains ministres qui doivent avoir des difficultés à justifier leurs richesses. Autrement, les instruments mis en place pour ce faire ne seront rien que du saupoudrage politique qui cache l’état de la corruption et du sabotage économique dont souffre le Togo.
 
Au Bénin, Patrice Talon vient de prendre une décision qui, même s’il doit frustrer ses ministres, plaira énormément aux citoyens. Désormais, le salaire des ministres est connu et ce sera 1.703.518 FCFA avec une prime d’équipement unique de 5 millions et une assurance maladie. Est-il possible qu’au bout de 7 ans au gouvernement un ministre amasse autant que ce que possède Gnofam ?
 
source : Liberté