vendredi 26 février 2021

Le Togo est-il prémuni contre les attaques terroristes ?


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Depuis les attentats du World Trade Center aux Etats Unis en septembre 2001, il y a eu une accalmie relative en matière de terrorisme. En tout cas, le monde n’a plus connu d’attaques d’une telle ampleur, même si les menaces étaient permanentes. Mais depuis quelques jours, notamment les attentats de Paris, les terroristes semblent avoir repris du service, et de façon permanente. Jusqu’à une époque récente, ce sont les grandes puissances du monde et quelques zones de conflits ou coins ciblés qui enregistrent ces actes terroristes. Mais aujourd’hui, c’est la planète toute entière qui doit vivre dans la peur permanente. Devant la situation, des pays, même en Afrique, prennent des dispositions pour se prémunir contre le terrorisme. Quid du Togo de Faure Gnassingbé ?
 
Paris, Bamako, Tunis…
 
Paris. 13 novembre 2015. Pendant que la France jouait un match amical de football au stade de Saint-Dénis contre l’Allemagne, l’agglomération était la cible d’attaques. Des terroristes ont ouvert le feu à une demi-douzaine de points, faisant des morts et des blessés. Le pic du drame se produira au bataclan où avait lieu un concert de rock. Là, les terroristes, ont actionné leurs ceintures explosives, tuant sur le champ 89 personnes. Le bilan total des attaques s’établit à 132 morts et plus de 200 blessés. Ces attentats sont réclamés par le groupe Etat islamique.
 
On pouvait là, parler de l’effet surprise, puisque rien ne présageait une telle attaque. En tout cas, pas une menace sérieuse préalable, comme cela se passe d’habitude. Le peuple français et le monde entier n’ont pas encore fini de pleurer les victimes que les terroristes ont déjà frappé. Cette fois-ci en Afrique, notamment à Bamako au Mali, le vendredi 20 novembre.
 
Ici, c’est un hôtel très fréquenté par les étrangers, le Radisson Blu, qui a été visé. Les fous d’Allah ont ouvert le feu et pris en otage plus de 170 personnes. Grâce à l’intervention des formes maliennes appuyées par des spécialistes français et américains du terrorisme ainsi que des éléments de la Mission intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (Minusma), 133 d’entre elles ont été exfiltrées de l’hôtel. Une vingtaine de gens vont périr dans cette attaque réclamée par deux groupes djihadistes distincts : celui de l’Algérien Mokhtar Belmokhtar, avec la participation d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) et celui du centre du Mali, le Front de libération du Macina (Flm).
 
Mardi 24 novembre. Les terroristes frappent encore à Tunis en Tunisie. Ils ont fait exploser un bus de la garde présidentielle stationné sur l’avenue Mohamed V, devant l’ancien siège du Rcd, le parti de l’ex-président Ben Ali, non loin également du ministère du Tourisme. Bilan, 12 morts et 17 blessés.
 
…A qui le tour ?
 
C’est grave, docteur ? La question semble même aujourd’hui superflue devant la situation, et il est aisé d’y répondre. Cela devient très sérieux. Généralement, les terroristes aiment s’en prendre aux grandes puissances mondiales, une façon pour eux de les punir pour leurs interventions tous azimuts dans des affaires d’autres pays, et les attaques terroristes ont souvent lieu dans des zones de conflit, des pays ou zones indiqués comme au Moyen Orient, notamment entre l’Israël et la Palestine, le Nigeria avec Boko Haram, le Maghreb avec Aqmi ; mais aujourd’hui, ils semblent ne plus faire de distinguo entre les pays. « A qui le tour ? », est-on tenté de se demander, même s’il y a un brin de cynisme là-dedans.
 
Les attaques de l’Etat islamique à Paris semblent faire des émules dans la communauté terroriste du monde et les fous d’Allah trouvent la motivation nécessaire pour frapper n’importe où, et à tout moment. Et c’est logiquement la peur dans tous les pays du monde, pas seulement en Occident, mais aussi en Afrique. La situation est parfaitement traduite par ce dépit d’un internaute sur un réseau social qu’il n’y ait aucune logique dans le choix des cibles par les terroristes. Une plainte à laquelle un autre répond, avec une dose d’humour peut-être mal placé, que l’ordre, c’est que les terroristes ont commencé avec une capitale en cinq lettres (Paris), enchainé avec une autre de six lettres (Bamako) pour revenir à cinq lettres (Tunis). Une chose est certaine, il y a une indécision dans le ciblage des pays à frapper qui entraine une véritable épouvante. Tous les régimes retiennent simplement leur souffle et prient le ciel que les terroristes épargnent leur pays.
 
Des pays africains prennent des précautions
 
En France, au Mali et en Tunisie, les pays actuellement touchés, l’état d’urgence a été décrété pour traquer les terroristes. On est en alerte maximale car redoutant d’autres attaques, et la sécurité est renforcée. Plein de mesures draconiennes sont prises par la France qui, au même moment, cherche l’aval de ses alliés européens pour en décider bien d’autres. En Afrique aussi, on n’est pas du reste.
 
A Bamako, la sécurité est renforcée dans et autour de l’Hôtel Radisson Blu. Des patrouilles conjointes des forces de sécurité maliennes et des casques bleus de la Minusma circulent dans la ville, jour et nuit, depuis samedi soir. Un millier d’agents de la police, de la gendarmerie ou encore de la garde nationale sont mobilisés pour sécuriser les lieux jugés à risque, comme l’aéroport. A ce dispositif, s’ajoute un autre, plus discret, constitué d’hommes en civils positionnés dans des lieux stratégiques avec un double objectif de sécurisation et de renseignement.
 
Au Cameroun qui est déjà la cible de la secte islamiste Boko Haram, on continue d’innover pour contrer les terroristes, suite aux dernières attaques dans le nord du pays et vu le contexte engendré par les récents attentats en France, au Mali et en Tunisie, en installant des comités de vigilance. Constituées de représentants des populations locales, ces structures sont chargées de déceler, suivre les terroristes qui s’intègrent généralement dans la masse avant de frapper et informer les autorités sécuritaires afin qu’elles passent ainsi à l’action. Aujourd’hui, au regard de l’efficacité de ces comités de vigilance, l’idée est de leur offrir plus de moyens pour jouer ce rôle de sentinelle. Au-delà des gourdins, bottes et autres équipements, l’Etat veut mettre à leur disposition un outillage approprié dont des jumelles pour leur permettre de voir à distance les éventuels fauteurs de trouble, des détecteurs de métaux pour pouvoir contrôler les différents colis, mais aussi des téléphones portables pour informer à temps les autorités, les forces de défense et de sécurité.
 
En Côte d’Ivoire à côté, un pays nullement encore visé, on prend d’ores et déjà des précautions. Un dispositif de surveillance permanente de personnes suspectes est mis en place à Abidjan. On parle de 25 individus concernés, principalement des Syriens, Libanais et Français d’origine magrébine, récemment arrivés en Côte d’Ivoire. La sécurité est renforcée au niveau des points sensibles du pays. Autre disposition, les autorités ont à l’œil des restaurants très fréquentés de la zone de Marcory, depuis quelques mois par d’étranges barbus s’exprimant en arabe.
 
Mardi dernier, le ministre auprès du Président de la République chargé de la Défense, Paul Koffi Koffi a rencontré la presse et déclaré que la Côte d’Ivoire n’est pas à l’abri de menaces djihadistes, comme tous les autres pays du monde entier, et que des mesures ont été prises pour renforcer les contrôles aux frontières nord du pays. «Des unités sont sur le terrain depuis le mois de juin, nous sommes en alerte pour assurer la sécurité des Ivoiriens à travers des contrôles et des patrouilles. Nos hommes sont sur le terrain et abattent un important travail », a indiqué le ministre qui a rappelé que son pays est juste en situation préventive non offensive et s’est réjoui de la parfaite collaboration entre les forces de l’ordre, les populations et les chefs religieux de la Côte d’Ivoire. A l’en croire, tous les sites stratégiques, notamment les barrages, les aéroports, les usines et les sites militaires sont sécurisés.
 
Quelles précautions prises au Togo ?
 
Le cas du Togo doit logiquement nous préoccuper. Que soit dit en passant, notre pays n’est nullement l’objet de menaces terroristes pour s’agiter comme certains. Mais dans le contexte généralisé de peur et de prévention en Afrique, il y a nécessité que les gouvernants en place aussi prennent des dispositions pour prémunir le pays contre d’éventuels actes terroristes. Tout comme le régime d’Alassane Ouattara le fait. D’ailleurs des senteurs de présence de jihadjistes sont signalées au Togo depuis quelque temps.
 
Mauvaise blague d’un petit farceur ou message sérieux ? Des inscriptions « MNLA au Togo » ont été taguées sur des murs à Lomé, notamment au niveau des feux tricolores du CHU Sylvanus Olympio. Par ailleurs, des signaux de présence au Togo d’extrémistes ont été presque avoués, à l’occasion de la célébration du Ramadan le 17 juillet 2015. La prédication était particulièrement offensive de la part du président de l’Union musulmane du Togo, El Hadj Inoussa Bouraïma, contre l’extrémisme religieux, au stade de Kégué où, pour la première fois, les fidèles venus pour la prière ont été fouillés. Après un véritable réquisitoire contre les terroristes, il a martelé que les djihadistes n’ont pas leur place au Togo. Même son de cloche chez l’ancien président de l’Assemblée nationale, Fambare Natchaba qui a relevé la présence fréquente d’individus voilés ne laissant apparaitre que les yeux ou de barbus. Plus d’un an auparavant, Séyi Mèmène, le président de la Ligue islamique mondiale au Togo allait déjà sur ce terrain, le samedi 4 janvier 2014, dans une intervention d’une rare violence contre les extrémistes en marge d’une rencontre de prédicateurs tenue à Kpalimé. « Il y a des indices inquiétants de Boko Haram à travers certaines villes au Togo », avait-il indiqué, et de demander aux autorités sécuritaires de « mettre de la hargne » dans la lutte contre ces groupes terroristes.
 
Tout ce détour pour rappeler que la présence de groupes extrémistes au Togo est presqu’un fait, et que le pays est aussi une cible potentielle des terroristes. « J’entends accorder en 2014 une attention toute particulière aux questions de défense et de sécurité, dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. Des dispositions concrètes seront en effet prises pour renforcer les capacités opérationnelles de nos forces de défense et de sécurité. Nous devons tout mettre en œuvre pour être à la hauteur des défis que posent les réseaux criminels et terroristes qui causent des pertes en vies humaines, mettent à mal la quiétude des populations et détruisent nos biens et nos ressources naturelles », déclamait Faure Gnassingbé dans son discours de la Saint-Sylvestre 2013. Le pouvoir a rebattu, dans cette dynamique, les oreilles des Togolais avec une certaine refondation des forces armées et de sécurité afin, dit-on, de faire face efficacement aux menaces du terrorisme. Des unités ont été créées et déployées, tout un tintamarre a été fait autour de ce concept. Les populations togolaises peuvent-elles alors être sereines quant à la menace terroriste ? Quelles mesures particulières les autorités sécuritaires ont-elles prises pour prémunir le pays, dans le contexte actuel de peur généralisée, comme le fait le régime d’Alassane Ouattara en Côte d’Ivoire ? Dieu seul sait. Rien n’est en tout cas encore annoncé publiquement.
 
Source : [29/11/2015] Tino Kossi, Liberté
 
Caricature ; Donisen Donald / Liberté

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