Un an de pyromanie et de mythomanie

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« il faut être un peu mythomane, il faut être même beaucoup mythomane. Le problème de la mythomanie, c’est que parfois on perd contact avec la réalité […]. Et c’est une notion qui est difficile à expliquer […]. Il faut aussi embellir, il faut aussi tricher, il faut aussi mentir pour raconter la vérité ». (Rober Lepage)

 

C’était dans la nuit du 9 au 10 et du 11 au 12 janvier 2013. Un an ! Pourtant le mystère et le feu couvent toujours sous les braises. L’incendie des grands marchés de Kara et de Lomé aura dans l’histoire réussi –via un mensonge inqualifiable- à appesantir la crise sociale, la crise politique et surtout maintenir un autre feu sans nom. L’un après l’autre, les faits qui se sont enchâssés dans cette affaire tels de véritables potions amères administrées par le gang au pouvoir, font toujours brûler le torchon entre opposition et régime en place. Les restes des marchés incendiés de Kara et de Lomé, très probable pièces à conviction dans une enquête qui suit son cours, désormais démolis. Une quarantaine de personnes, presque toutes proches de l’opposition, sont inculpées dans cette affaire. Une quinzaine, encore sous les verrous. Un détenu est mort en prison dans des conditions déplorables. Et le procès qui tarde à venir, s’annonce très tendu aux yeux de l’opposition, ne serait-ce qu’à cause de la démolition des marchés.

 

Ces faits imputables à la maladroite justice togolaise, non seulement ils se montrent inefficaces, mais surtout ils sont aussi contre-productifs et participent –heureusement pour l’opposition- comme un bon équilibriste au jeu galvaudé du pouvoir. A cet égard, la récente publication du rapport du CST et sa montée, mieux, sa percée spontanée, est encore annonciatrice de désordres organisés « avec du feu ». Selon ce rapport signé par onze responsables du CST dont Jean-Pierre Fabre et Me Zeus Ajavon, cette lugubre besogne visait à récupérer le site du Grand marché de Lomé au profit des instigateurs de l’incendie et à punir le mouvement des femmes commerçantes de Lomé pour leur soutien à l’opposition. Ingrid Nana Awade, les Généraux Félix Kadanga et Atcha Titikpina et six autres personnes seraient les vrais commanditaires, selon le même document qui ne rate pas de décrire dans les menus détails le scénario qui a prévalu cette nuit-là.

 

« Pyromane », mais également mythomane, le pouvoir semble n’y voir que du feu, avec un tel rapport. La coutumière méthode forte qu’on lui connait en de pareilles situations, trouve difficilement arguments pour s’exprimer et illustre si bien la contrariété du gouvernement dans l’affaire. Les désordres signalés dans le rapport sont susceptibles d’ouvrir la porte à d’autres et de faire place à d’autres formes « d’incendie », toute l’année qui s’ouvre devant nous, si « le jeune président » et sa bande ne se résolvent pas à gérer sagement « le feu » qui couve toujours. L’”incendie” qui menace de nouveau, devra être naturellement au cœur de l’agenda politique de tous les partis de notre pays. Bras de fer en vue: les élections municipales qui attendent et déjà sources de bien de polémiques alambiquées peuvent se jouer, d’une certaine manière, à cette aune. Les partisans du partage des délégations spéciales sont probablement si prévenus qu’ils n’ont pas attendu pour se lancer dans la campagne de leur “besogne“.

 

Ces énièmes soubresauts togolais ne doivent guère faire oublier le grand mouvement “incandescent” qui brûle dans le cœur de l’écrasante majorité des Togolais, y compris de ceux qui sont dans le giron du pouvoir: l’alternance politique. L’enjeu de 2015 ne doit donc être perdu de vue, malgré les secousses tectoniques que sait créer le parti de Faure Gnassingbé pour faire reléguer l’essentiel aux calendes grecques. Un nouveau monde émerge. Même au Burkina Faso, l’idée de modifier la Constitution pour faire maintenir Blaise Compaoré vient de susciter des scissions voire des départs courageux et non des moindres, du CDP au pouvoir. Pourquoi pas au Togo? Il y a longtemps que les Togolais attendent…

 

Ivan Xavier Pereira

 
Liberté N° 1610 du mercredi 08 janvier 2014
 

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