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Voyage au cœur du Non-droit, du Népotisme, de l’Impunité et des villes Militarisées

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Samari Tchadjobo
Samari Tchadjobo

Premières impressions d’un retour au pays natal

Tout voyageur étranger qui vient pour la première fois au Togo se croit dans un pays normal, un pays où les habitants vaquent librement à leurs occupations, où le soleil se lève tous les jours à l’Est et se couche à l’Ouest comme dans tous les pays du monde. Personne ne se douterait que ce petit rectangle de territoire appelé Togo vit un drame depuis un demi-siècle, un drame politique invisible, mais pernicieux, un drame dangereux, très dangereux, parce que voulu, fabriqué de toutes pièces par une très petite minorité des habitants de notre pays pour exclure et faire mal à la grande majorité.

Il faut avoir vu le jour ici, être imprégné des tristes réalités politiques qui ont cours depuis 50 ans, pour savoir regarder avec un troisième œil averti et voir le mal qui fait des ravages au sein d’une population qui reste battante et refuse de courber l’échine malgré le fait qu’elle soit privée du minimum vital.

Les cinq semaines que j’ai passées chez moi au Togo m’ont permis de toucher du doigt le quotidien de mes compatriotes, hommes et femmes, jeunes comme vieux, qui ont du mal à s’accommoder d’une gouvernance politique inhumaine, du comportement de ceux qui prétendent diriger, mais agissent comme des sans-cœur en territoire conquis. Que ce soit à Lomé, à Kpalimé, à Sokodé ou à Bafilo, j’ai rencontré, parlé et quelque fois mangé avec des jeunes togolais et des jeunes togolaises qui n’ont pas de travail, ou qui ont de la peine à se faire former dans le métier de leur choix. Les rares qui travaillent le font pour un salaire de misère qui ne suffit que pour à peine une semaine; employés par des patrons véreux et corrompus, protégés pour la plupart par les grands voleurs du sérail.

Au Togo, les conducteurs de taxi-motos semblent être une curiosité touristique pour le voyageur innocent que j’ai décrit plus haut. Mais pour tout citoyen honnête et averti, ce curieux métier est l’illustration la plus voyante du drame que vivent les togolais. Victimes des effets d’un népotisme et d’un pillage à ciel ouvert qui ne se cachent plus, discriminés dans leur propre pays, l’état ayant démissionné, beaucoup de jeunes togolais diplômés ou non, ont dû embrasser ce job pas comme les autres pour survivre en attendant des lendemains meilleurs. Et ces « Z-men » paient un lourd tribut en termes de santé à cause de l’inexistence de rues dignes de ce nom. La seule fois que je suis monté sur une moto pour toucher du doigt le danger que tutoient chaque jour des milliers de togolais, qui pour rallier leur lieu de travail, qui pour aller au marché ou pour un déplacement quelconque, m’a permis de comprendre les nombreux accidents de motos dont j’ai été témoin, qui ont lieu quotidiennement, faisant des blessés et même des morts sans la prise en charge d’aucune assurance. Les malheureux accidentés peuvent se sentir heureux si le conducteur se démène pour qu’au moins ils arrivent dans un centre de santé, s’il ne prend pas la poudre d’escampette comme le font beaucoup, sans se soucier du sort du client ou de la cliente ensanglantée.

Dès que vous quittez la route goudronnée pour vous engouffrer dans les quartiers, c’est le début du parcours du combattant. Les conducteurs de motos et de voitures doivent éviter les nombreux nids de poule, de grands trous en pleine voie, et si d’aventure il venait de pleuvoir, certaines rues se transforment en petits lacs qu’il faut traverser. La nervosité est palpable chez tout le monde et il n’est pas rare que les usagers, -piétons, motocyclistes et conducteurs de voiture-, pour une manœuvre mal négociée, se lancent des invectives pas très gentilles.

Bienvenue dans la ville assiégée de Sokodé!

À la sortie du village de Tchalo, à deux kilomètres à l’entrée de Sokodé, venant de Lomé, de gros troncs d’arbres barrent la route des deux côtés; de jeunes militaires armés vous font signe d’arrêter. Vous pouvez passer après avoir répondu à des questions bizarres relatives à votre provenance, à votre destination ou à vos projets à l’arrivée. Pendant ce temps des coups d’œil dans le véhicule leur permettent d’ausculter les passagers. La même scène est observée à la sortie nord de la ville à Kidéoudè, et à Yélivo, village situé à deux kilomètres à l’Est de Kparatao sur la route de Tchamba.

En fait il s’agit du grand Sokodé et de toute la préfecture de Tchaoudjo qui sont sous les bruits de bottes de l´armée togolaise depuis bientôt deux ans. L’ancien dépôt de la Brasserie du Bénin à gauche à l’entrée de la ville sert depuis lors de quartier général d’une partie de l’armée envoyée pour terroriser de paisibles citoyens togolais. Une clôture improvisée laisse voir des camions militaires, des jeeps, des chars et d’autres matériels de guerre destinés à étouffer la soif de liberté des populations de cette préfecture. Après avoir vu une telle armada militaire, vous comprendrez mieux les récits relatifs aux différents drames subis par les familles à Sokodé et dans presque tous les villages environnants, après le passage des militaires d’une armée qui se comporte en branche armée de cette association de malfaiteurs dénommée RPT-UNIR.

À Kparatao, le cavalier en métal, symbolisant le passé glorieux de cette contrée du Togo, porte encore les impacts de balles, tirées par les militaires dans leur folie meurtrière. J’ai pu toucher du doigt la relative fraîcheur du « Kangara » reconstruit après sa profanation par les mêmes militaires qui ignoraient qu’un monument, c’est comme un grand homme, c’est comme N’Krumah, c’est comme Thomas Sankara, c’est comme Sékou Touré; on peut le tuer, mais ses idées resteront éternelles. Je suis resté silencieux devant le « Kangara » quelques secondes en pensant aux chefs fondateurs de ce village et de tous les villages princiers du pays tem.

Une jeep et un camion militaires viennent de passer; direction Tchamba. On me dit que le va-et-vient des militaires n’a jamais véritablement cessé. Mais pour le moment pas de bastonnades ou autres exactions.

Le calme avant la tempête?

À suivre….

Samari Tchadjobo
Lomé en juillet 2019

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